La violence contre les femmes (trans)

LA VIOLENCE CONTRE LES FEMMES (TRANS)

par Cece McDonald

J’avais écrit un petit essai sur la violence de rue à l’encontre des femmes et des femmes (trans) qui était au départ prévu pour un projet avec l’Université du Minnesota, mais à cause du drame qui m’est arrivé, je n’ai jamais eu l’occasion de le finir… jusqu’à maintenant. J’espère que ça vous plaira. Je vous aime ! TTYL !

Un problème majeur dans le monde entier est la violence à l’encontre de toutes les femmes, ce qui inclut aussi les femmes trans. À travers les âges, les femmes ont été confrontées à l’ego des représentants du genre masculin qui leur faisaient subir sans relâche leur cruelle « main de fer ». La violence qui a été entretenue durant des siècles nous a toutes affectées, que ce soit à travers l’autorité sévère imposée à une nation par un dirigeant tyrannique ou à travers le carcan familial au sein du foyer. Une immense proportion de femmes sont confrontées à la violence sous toutes ses formes : physique, verbale et/ou sexuelle. Très souvent, nous sommes victimes de meurtres, et quand nous nous défendons, nous sommes mises en prison pendant des années, voire toute notre vie. Comment est-il possible d’entendre que les violences contre les femmes sont détestées et combattues dans notre société, alors que quand on y est confrontées on ne reçoit que très peu d’aide, voire pas du tout, et que l’aide qu’on s’apporte à soi-même est réprimée ?

La vie des femmes trans est indissociable de la violence de rue, et je suis sûre que si on lui pose la question, n’importe quelle femme trans serait d’accord pour dire que la plupart des agressions qu’elle subie se produisent en dehors de sa maison. Pour ma part, tous les incidents qui me sont arrivés se sont produits en dehors de chez moi. Comme la plupart des femmes trans, je suis confrontée à la violence plus souvent que n’importe quelle personne cissexuelle, et à un degré plus élevé. Ainsi, chaque jour est une lutte difficile, et les activités quotidiennes qu’une personne cissexuelle fait facilement représentent pour moi un risque permanent, même quelque chose d’aussi simple que de prendre les transports publics. La violence de rue m’a considérablement affectée, et je crois non, je saisque si je n’avais pas appris à m’affirmer je n’aurais jamais eu le courage de me défendre contre ceux qui n’ont ni respect ni reconnaissance pour les autres, et j’en serais déjà morte depuis longtemps.

En ce moment même, je suis dans une prison d’État pour hommes à cause de la mort de quelqu’un que j’ai accidentellement poignardé en me défendant. Tout a commencé aux alentours de minuit, le 4 juin 2011, quand un groupe de racistes bourré-es s’est mis à nous insulter moi et mes ami-es alors que nous étions sur le chemin de l’épicerie de nuit de notre quartier. Après avoir été traité-es de pédales, de nègres et de tout un tas d’autres insultes, le ton est monté et je me suis retrouvée au milieu de toute cette fureur. Une femme de l’autre groupe a décidé de me jeter son cocktail alcoolisé au visage, et histoire d’ajouter une blessure physique aux propos blessants, elle m’a fracassé son verre au visage. J’ai eu la joue lacérée assez profondément pour que ça me coupe une glande salivaire, ce qui m’a valu 12 points de suture et de nombreuses complications ensuite. Quand la police est arrivée, il ne leur a pas fallu longtemps pour présumer qui étaient les agresseurs : à coup sûr, pour eux, c’était forcément le groupe de jeunes Noir-es qui était à l’origine de tout ce drame. En tout cas, c’était au moins l’impression que j’ai eu quand j’ai vu comment ils nous traitaient mes ami-es et moi. Et plutôt que de m’emmener directement dans une ambulance, ils m’ont faite asseoir à l’arrière de leur voiture, menottée, alors que je saignait gravement et que j’avais atrocement mal.

Quand j’ai enfin été transportée jusqu’à l’ambulance, j’ai tout de suite été bombardée de questions, avant même d’avoir pu bénéficier de l’aide médicale dont j’avais besoin. Et quand je suis arrivée à l’hôpital, ça ne s’est pas mieux passé. On m’a dit d’enlever mes vêtements, après quoi j’ai été attachée à un lit d’hôpital. Puis on a vite fait examiné la grosse entaille que j’avais à la joue gauche suite à la coupure de ma glande salivaire. Après quoi je suis restée dans une salle d’interrogatoire pendant plus de cinq heures. Ensuite, tout n’a fait qu’empirer. Je peux dire que je suis très chanceuse d’avoir eu des personnes exceptionnelles, aimantes et attentionnées parmi les ami-es, la famille et les soutiens qui m’ont apporté leur aide à travers cette injustice.

Mais ça montre bien que rien n’est vraiment fait pour que les femmes se défendent elles-mêmes —pour que nous nous défendions nous-mêmes. Nous devons nous unir pour porter la voix de toutes celles qui ont été victimes de violence. Je veux faire honneur à toutes les organisations et à tous les projets qui travaillent juste dans ce sens. À toutes les personnes qui sont allées à l’événement organisé par 1 Billion Rising à Pittsburgh le jour de la Saint-Valentin1. JE VOUS AIME TOUTES ET TOUS ! Je veux aussi saluer toutes les victimes de violence qui ont été honorées lors de cet événement : Patreese Johnson, Charmaine Pfender, Marissa Alexander, et Tanika Dickson. JE VOUS AIME TOUTES ! Nous sommes toutes des victimes de violences, mais aussi des injustices et de l’oppression d’un système juridique défectueux et de l’industrie carcérale. Et en mémoire de nos sœurs qui sont tombées, ceci est pour vous ! Les flammes de notre résistance et de notre ténacité brillent dans les efforts d’une révolution pour les femmes. Nous n’abandonnerons pas. Nous tiendrons bon jusqu’à ce que se produisent les changements nécessaires dans le monde pour une meilleure protection et une vraie égalité. Et c’est à nous qu’il incombe de montrer que nous sommes soucieuses et concernées, et qu’aucun de nos combats ne se fera en vain.

Je ne répéterais jamais assez qu’il faut s’impliquer. IMPLIQUEZ-VOUS ! Des associations comme 1 Billion Rising2 ont besoin de notre aide. Vous pouvez aussi rejoindre des projets et associations locales. Je prie pour qu’aucune femme ne soit plus jamais confrontée à la violence, quelle qu’elle soit, et je suis sûre qu’on peut faire quelque chose pour que ça arrive.

Merci à toutes et à tous d’avoir pris le temps d’écouter (ou devrais-je dire de lire) mes considérations à propos de nous, les femmes du monde entier. JE VOUS AIME TOUTES ! S’il-vous plaît restez fortes, tenez bon, et battez-vous sans relâche !

xoxo

CeCe

Article initialement publié ici, en mai 2013. Traduit de l’anglais (USA) par Noomi B. Grüsig, en janvier 2016.


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L’histoire de Meagan Taylor [2/3]

MEAGAN TAYLOR, UNE FEMME TRANS NOIRE, LIBÉRÉE DE PRISON EN IOWA

par Sunnivie Brydum

Meagan Taylor, une femme trans Noire de 22 ans qui a passé les deux dernières semaines à l’isolement dans une cellule de la prison de Polk County à Des Moines, est sortie de cet établissement aujourd’hui, selon les avocat-es qui ont demandé sa libération.

« Je suis super contente d’être libérée », a dit Taylor au Trangender Law Center, qui enquête actuellement sur la possibilité d’attaquer en justice les allégations du personnel de l’hôtel et de la police qui ont profilé cette femme trans Noire comme une travailleuse du sexe. « Je n’ai pas les mots pour exprimer comment je me sens maintenant que je suis sortie. Je veux remercier toutes les personnes qui ont partagé mon histoire, et je veux faire savoir que je vais mener une procédure en justice contre le délit de faciès dont j’ai été victime en tant que femme transgenre Noire. »

En effet, des militant-es LGBT et des mouvements sociaux se sont mobilisé-es face à la situation difficile dans laquelle se trouvait la jeune femme. Els lui ont apporté leur soutien suite à ses allégations selon lesquelles le personnel de l’hôtel et la police ont profilée à tort Meagan et son amie comme des travailleuses du sexe1. Lors de sa détention à la prison de Polk County, Taylor a été gardée seule dans une cellule de l’aile médicale, isolée de la population générale, car les responsables de la prison ne savaient pas où placer une femme transgenre.

Alors que le hashtag #FreeMeaganTaylor commençait à prendre de l’ampleur sur les réseaux sociaux lundi, des militant-es ont lancé une collecte de fonds afin de payer la caution de Taylor ainsi que les majorations sur l’amende impayée à laquelle elle avait été condamnée il y a cinq ans suite à une fraude à la carte bancaire.

Lae pasteur transgenre qui a parrainé la collecte de fonds (qui a au final permis de lever plus de 4400 $) a exprimé sa gratitude dans une déclaration dès qu’iel a appris la libération de Taylor.

« Mes larmes de tristesse se sont transformées en larmes de joie quand j’ai appris que Meagan allait être libérée de prison » a dit lae Pasteur Megan Rohrer, qui utilise des pronoms neutres. « Je veux remercier les 133 personnes qui ont donné de l’argent pour nous aider à surmonter les barrières financières, ainsi que le Transgender Law Center qui a brisé les barrières légales qui maintenaient Meagan en prison. »2

Taylor, une habitante de l’Illinois, a été arrêtée le 13 juillet peu après s’être enregistrée à l’hôtel Drury Inn dans l’ouest de Des Moines, dans l’Iowa, avec une amie qui est aussi une femme transgenre.

Taylor raconte que son calvaire a débuté quand le personnel de l’hôtel s’est mis à « agir très bizarrement » face à elle et son amie. Peu après qu’elles se soient enregistrées à l’accueil, la police de West Des Moines a frappé à la porte de leur chambre d’hôtel, suite à un appel d’un employé de l’hôtel qui s’inquiétait qu’elles soient engagées dans une « potentielle activité de prostitution ».

En l’occurrence, Taylor et son amie n’étaient pas engagées dans du travail du sexe. Mais Taylor a néanmoins été arrêtée quand la police a découvert qu’elle avait par ailleurs sur le dos une affaire encore en cours pour non-respect de conditionnelle dans l’Illinois suite à une fraude à la carte bancaire, selon le Des Moines Register qui a été le premier à rapporter l’histoire de Taylor dans un édito de Rekha Basu. Taylor a expliqué qu’elle avait purgé une peine pour cette affaire quand elle avait 17 ans, mais qu’elle était encore sous le coup d’une amende impayée de 500 $ suite à ce non-respect de conditionnelle. Suite à cet impayé, un mandat de 20000 $ a été exigé afin de garantir la présence de Taylor à l’audience qui a été fixée à la fin du mois.

Une partie des fonds récoltés pour la défense de Taylor ont servi à payer cette amende, et le Transgender Law Center affirme que le mandat dans l’Illinois a été abandonné.

La police a aussi découvert que Taylor s’était enregistrée à l’hôtel sous un nom qui n’était pas le sien un acte qui n’est pourtant pas considéré comme un crime. Dans ses effets personnels, la police a aussi trouvé de la spironolactone hydrochloride —un médicament couramment utilisé en complément des œstrogènes dans le traitement hormonal des femmes trans— mais n’a pas trouvé d’ordonnance correspondant à ce médicament. Taylor affirme qu’elle possède bel et bien une ordonnance pour ce médicament, et qu’elle ne voyageait juste pas avec.

Taylor a été accusée de « provocation malveillante » ce qui est définit comme un « délit grave » quand « une personne amène ou essaye d’amener une autre personne à être inculpée ou poursuivie pour un délit ». Elle a aussi été inculpée pour possession sans ordonnance d’un médicament soumis à ordonnance. Elle a été amenée à la prison de Polk County, où elle a été fouillée par deux gardes : une garde pour la partie haute de son corps, et un garde pour la partie basse, a-t-elle déclaré au Register.

Les responsables de la prison ont expliqué leurs décisions en disant qu’ils étaient conscients du fait que les femmes trans sont confrontées à un risque particulièrement élevé d’agressions sexuelles quand elles sont placées en cellule avec des hommes, mais qu’ils n’étaient pas « à l’aise » à l’idée de la placer avec les femmes. Les prisonnier-es trans, tout comme les détenu-es migrant-es, sont souvent placé-es à l’isolement pour leur propre « protection », malgré le fait qu’il a été démontré que cette pratique causait des dommages psychologiques. Bien que Taylor a d’abord dit aux gardes de la prison qu’elle voulait être placée avec les femmes, elle a finalement accepté d’être placée en « milieu protégé », c’est à dire dans une cellule médicale indépendante, sans co-détenu-e.

Article initialement publié ici, en juillet 2015. Traduit de l’anglais (USA) par Noomi B. Grüsig, en janvier 2016.

1. On peut regretter que cet article n’évoque à aucun moment le problème de la persécution des travailleuses du sexe, qui est pourtant aussi au cœur de cette affaire. [NDLT]

2. À savoir que lae Pasteur Megan Rohrer a par la suite refusé de donner à Meagan le reliquat de la collecte de fonds (qu’iel voulait garder pour sa paroisse) et qu’iel a fait preuve d’une transmisogynie des plus crasse à l’égard des soutiens qui réclamaient #givemeagantaylorhermoney [NDLT]

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L’histoire de Meagan Taylor [1/3]

COMMENT UNE FEMME TRANS NOIRE A FINI EN PRISON À CAUSE D’UN TRANSPHOBE DE L’IOWA

par Monica Roberts

Quand Meagan Taylor, 22 ans et étudiante en cosmétologie, est venue de l’Illinois avec une copine transféminine pour un petit séjour à Des Moines, dans l’Iowa, elles avaient juste prévu de passer quelques jours en ville avant de rentrer chez elles. C’est là qu’elles sont descendues à l’hôtel Drury Inn dans l’ouest de Des Moines.

Malheureusement, la transphobie du personnel de l’hôtel et les préjugés racistes à leur encontre se sont combinés jusqu’à rendre leur visite dans l’Iowa beaucoup moins agréable.

Taylor et son amie avaient remarqué que lors de leur enregistrement à l’accueil, le personnel de l’hôtel avait, selon leurs propres mots, « agi bizarrement face à elles ».

Les « agissements bizarres » en question étaient des expressions de transphobie de la part du personnel de l’hôtel. Quelques heures plus tard, cela s’est transformé en une descente de police dans leur chambre. La police avait été appelée par le personnel de l’hôtel qui voulait leur signaler « deux hommes potentiellement engagés dans des activités de prostitution ».

Quand l’officier de police est arrivé pour entamer son enquête, il n’a constaté aucune activité de prostitution. Mais en fouillant le sac à main de Taylor, la police a découvert un flacon non identifiable qui contenait la spironolactone qu’elle prenait dans le cadre de son traitement hormonal. Meagan Taylor a donc été arrêtée et inculpée pour possession sans ordonnance de médicament soumis à ordonnance.

Elle a aussi été inculpée, de manière très douteuse, pour « provocation malveillante », ce qui est une circonstance aggravante. Sa caution a été fixée à 2000 $.

Une vérification ultérieure a révélé que Taylor avait une amende impayée pour non-respect de conditionnelle, suite à une condamnation de 2010 pour fraude à la carte bancaire, quand elle avait 17 ans. Elle avait déjà purgé sa peine pour cette condamnation, mais elle devait encore 500$ d’amende.

Elle a été emmenée dans une prison de Polk County qui n’a aucune politique quant à l’accueil des prisonnier-es trans. Et comme elle est pré-op, c’est une matonne qui a été choisie pour fouiller le haut de son corps, et un maton pour la moitié basse.

Comme les responsables de la prison de Polk County n’étaient pas à l’aise à l’idée de la placer avec les femmes, et puisque l’Acte pour l’Élimination du Viol en Prison ne dit pas clairement où les prisonnières trans devraient être incarcérées (ce n’est définitivement pas avec les hommes cis), elle a été collée à l’isolement dans l’aile médicale.

Dans une interview, elle raconte au Des Moines Register que si elle avait été originaire de Polk County, il lui aurait suffit de payer 10 % de sa caution de 2000$ pour être libérée. Mais comme Taylor n’est pas originaire de l’État, il faudrait qu’un-e habitant-e de Polk County se porte garant-e pour elle. Elle n’a pas d’avocat-e et n’a pas de date de procès avant le 25 août.

Alors voilà. À cause d’un employé transphobe de l’hôtel Drury Inn qui a profilé racialement deux femmes trans Noires qui s’occupaient juste de leurs affaires, Meagan Taylor est coincée dans une prison de l’Iowa au moins jusqu’au 25 août, à moins que la communauté LGBT locale ne lui vienne en aide.

Article initialement publié ici, en juillet 2015. Traduit de l’anglais (USA) par Noomi B. Grüsig, en janvier 2016.


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Journée internationale de solidarité avec les prisonnier-es trans

On m’a envoyé une VF des infos qui se trouvent ici, alors je fais passer…

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22 janvier 2016 – Journée de solidarité internationale avec les prisonnier.es trans

À travers le monde, cette journée sera une occasion d’être solidaire avec les personnes trans en prison. Rejoignez-nous pour des nuits d’écriture de lettres, des projections de films, des ateliers, des discussions, des veillées, des actions, des levées de fonds et des soirées.
Ce projet indépendant, mené par des prisonnier.es trans et leurs soutiens à travers le monde, est un événement annuel pour apporter de la solidarité et du soutien à celles et ceux derrière les barreaux, amplifier leurs voix de prisonnier.es trans et s’organiser avec d’autres, à la fois à l’intérieur et dehors.

Plus d’informations à propos de cette journée :

Ce projet autonome a été initié par Marius Mason, un prisonnier trans au Texas, EU. Cet événement annuel sera mené par des prisonnier.es trans et leurs soutiens à travers le monde. C’est une occasion pour celles et ceux dehors de se souvenir de celles et ceux derrière les barreaux, d’apporter une solidarité et un soutien réel et de faire prendre conscience des problèmes auxquels font face les prisonnier.es trans. C’est une occasion pour celles et ceux à l’intérieur d’avoir une voix et de s’organiser ensemble.

En tant que personnes LGBTQI nous connaissons l’effroi du contrôle, du dégoût et de l’isolement ; nous nous sommes tou.tes vu.es refuser la possibilité de vivre nos vies. Pour les personnes trans en prison, ces problèmes sont doublés par les contraintes physiques et émotionnelles d’une véritable cage.
Depuis des décennies, les premier.es activistes LGBTQI ont montré une solidarité et un soutien actifs envers leurs frères et sœurs emprisonné.es – iels ont écrit des lettres, ont manifesté et ont demandé qu’iels ne soient pas seulement traité.es avec respect et dignité, mais qu’iles soient libéré.es de manière totale et inconditionnelle. Les prisonnier.es trans et LGBQI s’organisaient entre elleux et avec le monde extérieur. Rejoignez-nous pour faire revivre cette tradition.

Nous espérons que des événements auront lieu dans le plus d’endroits du globe possibles. Ils pourront inclure : des écritures de lettres, des projections de film, des présentations, des ateliers, des concerts ou des soirées LGBTQI-friendly, des levées de fonds, des veillées et des actions. Un des éléments principaux sera l’opportunité pour celleux qui sont dehors d’écrire des lettres de solidarité à celleux qui sont à l’intérieur. Regardez une liste des événements ICI ( http://transprisoners.net/events/ )

Nous produirons un zine (petite publication DIY) avec des écrits et des créations artistiques de prisonnier.es trans et d’ancien.nes détenu.es d’à travers le monde et des organisations et groupes populaires qui les soutiennent et qui se battent pour mettre un terme au système oppressif de la prison. Ce zine sera distribué à celleux à l’intérieur et sera également disponible à des événements. Nous produirons également une série de cartes postales avec des créations artistiques faites par des prisonnier.es.

Si vous avez des contacts en prison, vous pourriez nous aider à entrer en contact avec elleux pour les inviter à s’organiser avec nous, contribuer aux projets de zine et de cartes postales, ou pour être ajoutéEs à la liste pour recevoir des lettres lors des événements. Nous accueillons les contacts venant de prisonnier.es trans proposant d’autres idées concernant le soutien qu’iels aimeraient recevoir via ce projet.

Rejoignez nous le 22 janvier pour mettre en lumière la condition des prisonnier.es trans. En ce jour, et tous les jours, engagez-vous dans des projets qui soutiennent d’autres prisonnier.es trans et LGBQI, et renseignez-vous sur les autres luttes auxquelles participe Marius – c’est un combat contre cette société qui nous tue, d’une manière ou d’une autre. Vivez vôtre vie avec fierté, joie et liberté, et étendez ces sentiments aux autres ; ne laissez pas les murs de la prison ou de la société agir comme des barrières.

 

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hello,
family.

MARIUS MASON est un anarchiste transgenre incarcéré. Il purge une peine de 22 ans pour des actes d’éco-sabotage. Il est incarcéré à Carswell à Fort Worth, Texas, un petit établissement de haute-sécurité ; il reçoit peu de visites, son courrier est contrôlé, et il est intensément isolé socialement. Depuis qu’il a fait son coming-out, il s’est engagé dans un processus d’examens médicaux douloureusement lent pour voir s’il sera autorisé à accéder aux programmes de soins pour les personnes transgenres (hormones, chirurgie, et le droit de changer légalement son prénom pour un prénom de son choix approprié à son genre)

EN TANT QUE LGBTQI nous connaissons l’effroi du contrôle, du dégoût et de l’isolement ; nous nous sommes tou.tes vu.es refuser la possibilité de vivre nos vies. Pour les personnes trans et gays en prisons, ces problèmes sont doublés par les contraintes physiques et émotionnelles d’une véritable cage. Depuis des décennies, les premier.es activistes LGBTQI ont montré une solidarité et un soutien actifs envers leurs frères et sœurs emprisonné.es – iels écrivaient des lettres, manifestaient, et demandaient qu’iels ne soient pas simplement traité.es avec respect et dignité, mais qu’iles soient libéré.es de manière totale et inconditionnelle. Les prisonnier.es gays et trans s’organisaient entre elleux et avec le monde dehors.

IL EST TEMPS de faire revivre cette tradition. Rejoignez nous le 22 janvier pour mettre en lumière la condition des prisonnier.es trans et LGBTQI. En ce jour, et chaque jour, engagez-vous dans des projets qui soutiennent d’autres prisonnier.es gays et trans, et renseignez-vous sur les autres luttes auxquelles Marius participe. Vivez vôtre vie avec fierté, joie et liberté, et étendez ces sentiments aux autres ; ne laissez pas les murs de la prison ou de la société agir comme des barrières.

Ils n’arrêteront pas de nous blesser tant que nous ne les arrêterons pas.

Célébrez Marius
et soutenez le.

https://supportmariusmason.org

Ndt : dans le texte original, anglophone, est employé le terme « queer », nous avons choisi dans le texte ici présent de le traduire par « LGBTQI » en raison des différences de sens entre les contextes anglophones et francophones concernant ce mot.

 

 

 

 

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Pourquoi des universitaires blanc-hes parlent à la place des personnes trans racisées ? [traduction]

Traduction (très rapide et brouillon) d’un article initialement publié en V.O. ici

Trouble chez Judith Butler :

POURQUOI DES UNIVERSITAIRES BLANC-HES PARLENT À LA PLACE

DES PERSONNES TRANS RACISÉES ?

par HeJin Kim

[CN : Privilège blanc dégoulinant]

Je suis toute abasourdie après la lecture d’une récente interview de celle qu’on appelle « la philosophe acclamée et autrice de Trouble dans le Genre » et qui est intitulée « Pourquoi est-ce que des hommes assassinent des femmes trans ? » [interview relayée en france par Yagg ici, NDLT]. […] À première vue, c’est juste une universitaire qui partage ses analyses des meurtres dont sont victimes des personnes trans racisées aux USA. Mais quand on y regarde de plus près, on se rend compte que ce n’est rien d’autre qu’une appropriation de tout le travail qui a été réalisé par des activistes trans racisé-es, et qu’elle se contente de régurgiter leurs travaux et leurs analyses sans jamais les créditer. En jargon universitaire, à mon avis, on ne serait pas loin d’appeler ça du plagiat. Mais ce qui m’énerve encore plus, c’est la tendance actuelle chez les universitaires blanc-hes privilégié-es à parler au nom de communautés auxquelles ils et elles n’appartiennent pas. Il existe dans le monde un militantisme extraordinaire mené par des personnes trans racisées. Des femmes trans, des hommes trans, des personnes non-binaires et des pirates du genre racisé-es se sont dressé-es et ont milité, et là leurs voix se retrouvent simplement silenciées par une universitaire blanche qui a décidé de parler d’elleux, à leur place, avec des mots qui les chosifient.

Judith Butler débarque avec des idées comme : « ce dont on a besoin, c’est d’un mouvement anti-raciste et anti-transphobe qui s’inspire du féminisme des femmes racisées et de sa critique incisive du racisme et de la police »… comme si un tel mouvement n’existait pas ? Comme si les personnes trans n’étaient pas pleinement impliquées dans des mouvements comme Black Lives Matter ? Comme si des personnes trans racisées ne luttaient pas avec force au sein de tels mouvements ? Dans ses propos, il y a soit une ignorance crasse soit un rejet et un mépris volontaires et obstinés du travail mené par ces activistes. Je ne sais pas laquelle de ces deux options est la bonne, mais en tant qu’universitaire « acclamée » (pour utiliser le même adjectif que celui employé dans l’introduction de l’article), elle aurait dû être mieux renseignée. À un moment dans l’interview, elle dit qu’elle se demande « […] si les jeunes femmes trans sont bien conseillées, guidées et protégées, ou si elles avancent en dehors des réseaux. » Une telle phrase pose de nombreux problèmes car elle suggère implicitement que c’est à la communauté trans que revient la responsabilité (non honorée) d’assurer la sécurité des jeunes femmes trans. À ce stade, elle est à deux doigts de tenir les communautés de personnes trans racisées pour responsables de ces assassinats.

Judith Butler recycle le travail de militant-es courageux-ses qui risquent leurs vies juste en marchant dans la rue et qui œuvrent à la création d’espaces meilleurs pour leurs communautés. Et ça, c’est irrespectueux. Les seules personnes qu’elle crédite un tant soit peu, à un moment, sont Ken Corbett et Gayle Salamon. Dans ses propos, elle donne l’impression d’être la première à réaliser le besoin d’intersectionnalité entre les mouvements et les problématiques. Alors que l’intersectionnalité c’est précisément l’expérience vécue des personnes trans racisées, et que c’est à coup sûr quelque chose qu’elles comprennent et dont elles peuvent parler. À un moment, elle dit : « Je crois que c’est aux personnes trans qu’il faut poser cette question » quand elle répond à l’interviewer qui lui demande de manière abstraite si « […] être transgenre, au bout du compte, c’est simplement accepter la différence naturelle chez les êtres humains en général ? ». C’est seulement à ce moment qu’elle admet son incapacité à représenter les personnes transgenres, et encore moins les personnes trans racisées. Chose qu’elle s’arrange bien d’oublier ensuite quand elle présente les stratégies déployées et les solutions mises en place par les activistes, comme s’il s’agissait de ses propres idées.

Même s’il s’agit ici d’assassinats aux USA, et d’une universitaire américaine, c’est une tendance fréquente même en Afrique du Sud. C’est exaspérant de voir avec quelle facilité désinvolte des universitaires privilégié-es parlent des vies des personnes transgenres racisées, comme si leur profession leur donnait le droit d’analyser et de relater froidement la réalité dans laquelle les personnes trans racisées naviguent au quotidien. Cette attitude se retrouve même chez les personnes trans blanches qui participent à la vie universitaire, et qui oublient souvent leur privilège blanc dans leur approche universitaire. Elles oublient souvent comment leur privilège blanc leur profite et influence leur expérience radicalement différente, même si elles sont trans.

L’approche universitaire actuelle majoritaire est une approche chosifiante, influencée par des dynamiques de pouvoir et par la séparation entre « chercheur-euse » et « sujet/participant-e », que l’on nous présente comme étant « objective ». Quand des recherches de ce type sont menées par quelqu’un-e dans une position privilégiée, alors sa réalité de vie souvent blanche et cisgenre est « admise » comme étant la norme à laquelle on est comparé-es. D’autant plus quand ce sont des chercheur-eues blanc-ches cisgenres qui interrogent des personnes trans racisées. Il faut que cela cesse, car en 2015 une telle approche ne peut pas être justifiée. Et il faut surtout que les universitaires blanc-hes cis arrêtent de parler de nos vies à notre place du haut de leurs privilèges .

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