La violence contre les femmes (trans)

LA VIOLENCE CONTRE LES FEMMES (TRANS)

par Cece McDonald

J’avais écrit un petit essai sur la violence de rue à l’encontre des femmes et des femmes (trans) qui était au départ prévu pour un projet avec l’Université du Minnesota, mais à cause du drame qui m’est arrivé, je n’ai jamais eu l’occasion de le finir… jusqu’à maintenant. J’espère que ça vous plaira. Je vous aime ! TTYL !

Un problème majeur dans le monde entier est la violence à l’encontre de toutes les femmes, ce qui inclut aussi les femmes trans. À travers les âges, les femmes ont été confrontées à l’ego des représentants du genre masculin qui leur faisaient subir sans relâche leur cruelle « main de fer ». La violence qui a été entretenue durant des siècles nous a toutes affectées, que ce soit à travers l’autorité sévère imposée à une nation par un dirigeant tyrannique ou à travers le carcan familial au sein du foyer. Une immense proportion de femmes sont confrontées à la violence sous toutes ses formes : physique, verbale et/ou sexuelle. Très souvent, nous sommes victimes de meurtres, et quand nous nous défendons, nous sommes mises en prison pendant des années, voire toute notre vie. Comment est-il possible d’entendre que les violences contre les femmes sont détestées et combattues dans notre société, alors que quand on y est confrontées on ne reçoit que très peu d’aide, voire pas du tout, et que l’aide qu’on s’apporte à soi-même est réprimée ?

La vie des femmes trans est indissociable de la violence de rue, et je suis sûre que si on lui pose la question, n’importe quelle femme trans serait d’accord pour dire que la plupart des agressions qu’elle subie se produisent en dehors de sa maison. Pour ma part, tous les incidents qui me sont arrivés se sont produits en dehors de chez moi. Comme la plupart des femmes trans, je suis confrontée à la violence plus souvent que n’importe quelle personne cissexuelle, et à un degré plus élevé. Ainsi, chaque jour est une lutte difficile, et les activités quotidiennes qu’une personne cissexuelle fait facilement représentent pour moi un risque permanent, même quelque chose d’aussi simple que de prendre les transports publics. La violence de rue m’a considérablement affectée, et je crois non, je saisque si je n’avais pas appris à m’affirmer je n’aurais jamais eu le courage de me défendre contre ceux qui n’ont ni respect ni reconnaissance pour les autres, et j’en serais déjà morte depuis longtemps.

En ce moment même, je suis dans une prison d’État pour hommes à cause de la mort de quelqu’un que j’ai accidentellement poignardé en me défendant. Tout a commencé aux alentours de minuit, le 4 juin 2011, quand un groupe de racistes bourré-es s’est mis à nous insulter moi et mes ami-es alors que nous étions sur le chemin de l’épicerie de nuit de notre quartier. Après avoir été traité-es de pédales, de nègres et de tout un tas d’autres insultes, le ton est monté et je me suis retrouvée au milieu de toute cette fureur. Une femme de l’autre groupe a décidé de me jeter son cocktail alcoolisé au visage, et histoire d’ajouter une blessure physique aux propos blessants, elle m’a fracassé son verre au visage. J’ai eu la joue lacérée assez profondément pour que ça me coupe une glande salivaire, ce qui m’a valu 12 points de suture et de nombreuses complications ensuite. Quand la police est arrivée, il ne leur a pas fallu longtemps pour présumer qui étaient les agresseurs : à coup sûr, pour eux, c’était forcément le groupe de jeunes Noir-es qui était à l’origine de tout ce drame. En tout cas, c’était au moins l’impression que j’ai eu quand j’ai vu comment ils nous traitaient mes ami-es et moi. Et plutôt que de m’emmener directement dans une ambulance, ils m’ont faite asseoir à l’arrière de leur voiture, menottée, alors que je saignait gravement et que j’avais atrocement mal.

Quand j’ai enfin été transportée jusqu’à l’ambulance, j’ai tout de suite été bombardée de questions, avant même d’avoir pu bénéficier de l’aide médicale dont j’avais besoin. Et quand je suis arrivée à l’hôpital, ça ne s’est pas mieux passé. On m’a dit d’enlever mes vêtements, après quoi j’ai été attachée à un lit d’hôpital. Puis on a vite fait examiné la grosse entaille que j’avais à la joue gauche suite à la coupure de ma glande salivaire. Après quoi je suis restée dans une salle d’interrogatoire pendant plus de cinq heures. Ensuite, tout n’a fait qu’empirer. Je peux dire que je suis très chanceuse d’avoir eu des personnes exceptionnelles, aimantes et attentionnées parmi les ami-es, la famille et les soutiens qui m’ont apporté leur aide à travers cette injustice.

Mais ça montre bien que rien n’est vraiment fait pour que les femmes se défendent elles-mêmes —pour que nous nous défendions nous-mêmes. Nous devons nous unir pour porter la voix de toutes celles qui ont été victimes de violence. Je veux faire honneur à toutes les organisations et à tous les projets qui travaillent juste dans ce sens. À toutes les personnes qui sont allées à l’événement organisé par 1 Billion Rising à Pittsburgh le jour de la Saint-Valentin1. JE VOUS AIME TOUTES ET TOUS ! Je veux aussi saluer toutes les victimes de violence qui ont été honorées lors de cet événement : Patreese Johnson, Charmaine Pfender, Marissa Alexander, et Tanika Dickson. JE VOUS AIME TOUTES ! Nous sommes toutes des victimes de violences, mais aussi des injustices et de l’oppression d’un système juridique défectueux et de l’industrie carcérale. Et en mémoire de nos sœurs qui sont tombées, ceci est pour vous ! Les flammes de notre résistance et de notre ténacité brillent dans les efforts d’une révolution pour les femmes. Nous n’abandonnerons pas. Nous tiendrons bon jusqu’à ce que se produisent les changements nécessaires dans le monde pour une meilleure protection et une vraie égalité. Et c’est à nous qu’il incombe de montrer que nous sommes soucieuses et concernées, et qu’aucun de nos combats ne se fera en vain.

Je ne répéterais jamais assez qu’il faut s’impliquer. IMPLIQUEZ-VOUS ! Des associations comme 1 Billion Rising2 ont besoin de notre aide. Vous pouvez aussi rejoindre des projets et associations locales. Je prie pour qu’aucune femme ne soit plus jamais confrontée à la violence, quelle qu’elle soit, et je suis sûre qu’on peut faire quelque chose pour que ça arrive.

Merci à toutes et à tous d’avoir pris le temps d’écouter (ou devrais-je dire de lire) mes considérations à propos de nous, les femmes du monde entier. JE VOUS AIME TOUTES ! S’il-vous plaît restez fortes, tenez bon, et battez-vous sans relâche !

xoxo

CeCe

Article initialement publié ici, en mai 2013. Traduit de l’anglais (USA) par Noomi B. Grüsig, en janvier 2016.


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