L’histoire de Meagan Taylor [1/3]

COMMENT UNE FEMME TRANS NOIRE A FINI EN PRISON À CAUSE D’UN TRANSPHOBE DE L’IOWA

par Monica Roberts

Quand Meagan Taylor, 22 ans et étudiante en cosmétologie, est venue de l’Illinois avec une copine transféminine pour un petit séjour à Des Moines, dans l’Iowa, elles avaient juste prévu de passer quelques jours en ville avant de rentrer chez elles. C’est là qu’elles sont descendues à l’hôtel Drury Inn dans l’ouest de Des Moines.

Malheureusement, la transphobie du personnel de l’hôtel et les préjugés racistes à leur encontre se sont combinés jusqu’à rendre leur visite dans l’Iowa beaucoup moins agréable.

Taylor et son amie avaient remarqué que lors de leur enregistrement à l’accueil, le personnel de l’hôtel avait, selon leurs propres mots, « agi bizarrement face à elles ».

Les « agissements bizarres » en question étaient des expressions de transphobie de la part du personnel de l’hôtel. Quelques heures plus tard, cela s’est transformé en une descente de police dans leur chambre. La police avait été appelée par le personnel de l’hôtel qui voulait leur signaler « deux hommes potentiellement engagés dans des activités de prostitution ».

Quand l’officier de police est arrivé pour entamer son enquête, il n’a constaté aucune activité de prostitution. Mais en fouillant le sac à main de Taylor, la police a découvert un flacon non identifiable qui contenait la spironolactone qu’elle prenait dans le cadre de son traitement hormonal. Meagan Taylor a donc été arrêtée et inculpée pour possession sans ordonnance de médicament soumis à ordonnance.

Elle a aussi été inculpée, de manière très douteuse, pour « provocation malveillante », ce qui est une circonstance aggravante. Sa caution a été fixée à 2000 $.

Une vérification ultérieure a révélé que Taylor avait une amende impayée pour non-respect de conditionnelle, suite à une condamnation de 2010 pour fraude à la carte bancaire, quand elle avait 17 ans. Elle avait déjà purgé sa peine pour cette condamnation, mais elle devait encore 500$ d’amende.

Elle a été emmenée dans une prison de Polk County qui n’a aucune politique quant à l’accueil des prisonnier-es trans. Et comme elle est pré-op, c’est une matonne qui a été choisie pour fouiller le haut de son corps, et un maton pour la moitié basse.

Comme les responsables de la prison de Polk County n’étaient pas à l’aise à l’idée de la placer avec les femmes, et puisque l’Acte pour l’Élimination du Viol en Prison ne dit pas clairement où les prisonnières trans devraient être incarcérées (ce n’est définitivement pas avec les hommes cis), elle a été collée à l’isolement dans l’aile médicale.

Dans une interview, elle raconte au Des Moines Register que si elle avait été originaire de Polk County, il lui aurait suffit de payer 10 % de sa caution de 2000$ pour être libérée. Mais comme Taylor n’est pas originaire de l’État, il faudrait qu’un-e habitant-e de Polk County se porte garant-e pour elle. Elle n’a pas d’avocat-e et n’a pas de date de procès avant le 25 août.

Alors voilà. À cause d’un employé transphobe de l’hôtel Drury Inn qui a profilé racialement deux femmes trans Noires qui s’occupaient juste de leurs affaires, Meagan Taylor est coincée dans une prison de l’Iowa au moins jusqu’au 25 août, à moins que la communauté LGBT locale ne lui vienne en aide.

Article initialement publié ici, en juillet 2015. Traduit de l’anglais (USA) par Noomi B. Grüsig, en janvier 2016.


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