L’histoire de Meagan Taylor [2/3]

MEAGAN TAYLOR, UNE FEMME TRANS NOIRE, LIBÉRÉE DE PRISON EN IOWA

par Sunnivie Brydum

Meagan Taylor, une femme trans Noire de 22 ans qui a passé les deux dernières semaines à l’isolement dans une cellule de la prison de Polk County à Des Moines, est sortie de cet établissement aujourd’hui, selon les avocat-es qui ont demandé sa libération.

« Je suis super contente d’être libérée », a dit Taylor au Trangender Law Center, qui enquête actuellement sur la possibilité d’attaquer en justice les allégations du personnel de l’hôtel et de la police qui ont profilé cette femme trans Noire comme une travailleuse du sexe. « Je n’ai pas les mots pour exprimer comment je me sens maintenant que je suis sortie. Je veux remercier toutes les personnes qui ont partagé mon histoire, et je veux faire savoir que je vais mener une procédure en justice contre le délit de faciès dont j’ai été victime en tant que femme transgenre Noire. »

En effet, des militant-es LGBT et des mouvements sociaux se sont mobilisé-es face à la situation difficile dans laquelle se trouvait la jeune femme. Els lui ont apporté leur soutien suite à ses allégations selon lesquelles le personnel de l’hôtel et la police ont profilée à tort Meagan et son amie comme des travailleuses du sexe1. Lors de sa détention à la prison de Polk County, Taylor a été gardée seule dans une cellule de l’aile médicale, isolée de la population générale, car les responsables de la prison ne savaient pas où placer une femme transgenre.

Alors que le hashtag #FreeMeaganTaylor commençait à prendre de l’ampleur sur les réseaux sociaux lundi, des militant-es ont lancé une collecte de fonds afin de payer la caution de Taylor ainsi que les majorations sur l’amende impayée à laquelle elle avait été condamnée il y a cinq ans suite à une fraude à la carte bancaire.

Lae pasteur transgenre qui a parrainé la collecte de fonds (qui a au final permis de lever plus de 4400 $) a exprimé sa gratitude dans une déclaration dès qu’iel a appris la libération de Taylor.

« Mes larmes de tristesse se sont transformées en larmes de joie quand j’ai appris que Meagan allait être libérée de prison » a dit lae Pasteur Megan Rohrer, qui utilise des pronoms neutres. « Je veux remercier les 133 personnes qui ont donné de l’argent pour nous aider à surmonter les barrières financières, ainsi que le Transgender Law Center qui a brisé les barrières légales qui maintenaient Meagan en prison. »2

Taylor, une habitante de l’Illinois, a été arrêtée le 13 juillet peu après s’être enregistrée à l’hôtel Drury Inn dans l’ouest de Des Moines, dans l’Iowa, avec une amie qui est aussi une femme transgenre.

Taylor raconte que son calvaire a débuté quand le personnel de l’hôtel s’est mis à « agir très bizarrement » face à elle et son amie. Peu après qu’elles se soient enregistrées à l’accueil, la police de West Des Moines a frappé à la porte de leur chambre d’hôtel, suite à un appel d’un employé de l’hôtel qui s’inquiétait qu’elles soient engagées dans une « potentielle activité de prostitution ».

En l’occurrence, Taylor et son amie n’étaient pas engagées dans du travail du sexe. Mais Taylor a néanmoins été arrêtée quand la police a découvert qu’elle avait par ailleurs sur le dos une affaire encore en cours pour non-respect de conditionnelle dans l’Illinois suite à une fraude à la carte bancaire, selon le Des Moines Register qui a été le premier à rapporter l’histoire de Taylor dans un édito de Rekha Basu. Taylor a expliqué qu’elle avait purgé une peine pour cette affaire quand elle avait 17 ans, mais qu’elle était encore sous le coup d’une amende impayée de 500 $ suite à ce non-respect de conditionnelle. Suite à cet impayé, un mandat de 20000 $ a été exigé afin de garantir la présence de Taylor à l’audience qui a été fixée à la fin du mois.

Une partie des fonds récoltés pour la défense de Taylor ont servi à payer cette amende, et le Transgender Law Center affirme que le mandat dans l’Illinois a été abandonné.

La police a aussi découvert que Taylor s’était enregistrée à l’hôtel sous un nom qui n’était pas le sien un acte qui n’est pourtant pas considéré comme un crime. Dans ses effets personnels, la police a aussi trouvé de la spironolactone hydrochloride —un médicament couramment utilisé en complément des œstrogènes dans le traitement hormonal des femmes trans— mais n’a pas trouvé d’ordonnance correspondant à ce médicament. Taylor affirme qu’elle possède bel et bien une ordonnance pour ce médicament, et qu’elle ne voyageait juste pas avec.

Taylor a été accusée de « provocation malveillante » ce qui est définit comme un « délit grave » quand « une personne amène ou essaye d’amener une autre personne à être inculpée ou poursuivie pour un délit ». Elle a aussi été inculpée pour possession sans ordonnance d’un médicament soumis à ordonnance. Elle a été amenée à la prison de Polk County, où elle a été fouillée par deux gardes : une garde pour la partie haute de son corps, et un garde pour la partie basse, a-t-elle déclaré au Register.

Les responsables de la prison ont expliqué leurs décisions en disant qu’ils étaient conscients du fait que les femmes trans sont confrontées à un risque particulièrement élevé d’agressions sexuelles quand elles sont placées en cellule avec des hommes, mais qu’ils n’étaient pas « à l’aise » à l’idée de la placer avec les femmes. Les prisonnier-es trans, tout comme les détenu-es migrant-es, sont souvent placé-es à l’isolement pour leur propre « protection », malgré le fait qu’il a été démontré que cette pratique causait des dommages psychologiques. Bien que Taylor a d’abord dit aux gardes de la prison qu’elle voulait être placée avec les femmes, elle a finalement accepté d’être placée en « milieu protégé », c’est à dire dans une cellule médicale indépendante, sans co-détenu-e.

Article initialement publié ici, en juillet 2015. Traduit de l’anglais (USA) par Noomi B. Grüsig, en janvier 2016.

1. On peut regretter que cet article n’évoque à aucun moment le problème de la persécution des travailleuses du sexe, qui est pourtant aussi au cœur de cette affaire. [NDLT]

2. À savoir que lae Pasteur Megan Rohrer a par la suite refusé de donner à Meagan le reliquat de la collecte de fonds (qu’iel voulait garder pour sa paroisse) et qu’iel a fait preuve d’une transmisogynie des plus crasse à l’égard des soutiens qui réclamaient #givemeagantaylorhermoney [NDLT]

Publicités
Cet article a été publié dans Billets. Ajoutez ce permalien à vos favoris.