Justice Pour Jane Doe

Cette traduction est la première du cycle « femmes trans en prison ».

JUSTICE POUR JANE DOE : L’URGENCE DE LA SURVIE

par Chase Strangio et Reina Gossett

Elle, c’est Jane.

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Jane a demandé aux personnes qui la soutiennent de faire circuler ce portrait d’elle afin que vous puissiez la voir telle que nous (celles et ceux qui la connaissent mieux) la voyons : une adolescente qui veut rigoler avec ses ami-es et faire les magasins avec Janet Mock pour trouver une robe de bal de promo, et qui a une famille qui l’aime.

Elle veut que vous la voyiez ainsi parce qu’aujourd’hui, c’est le 65ème jour qu’elle passe en prison dans un établissement pour adulte, bien qu’elle n’ait jamais été inculpée de quoi que ce soit, ni reconnue coupable d’un quelconque crime.

Depuis son incarcération, Jane a passé la majeure partie de ses journées en isolement. Elle n’a pas interagit avec qui que ce soit depuis janvier. Elle ne peut pas prendre de douche sans deux gardes qui la regardent. Elle a demandé de l’aide, mais ceux qui la détiennent l’ont enfermée dans un coin en espérant que tout le monde l’oublie. Nous avons aussi pu lire les propres mots de Jane Doe racontant la situation dans laquelle elle se trouve, qui est terriblement pressante et désespérée.

Le 8 mai, après un mois passé en prison sans être inculpée de quoi que ce soit, Jane a demandé de l’aide à Dannel O’Malloy, le gouverneur du Connecticut : 

« Je suis dans cette prison depuis un mois maintenant et il n’y a toujours aucun un plan pour m’en faire sortir. Je souffre ici. J’ai du mal à dormir et je ne mange pas beaucoup. Je pleure dans mon lit chaque nuit. Je ne peux pas être moi-même dans cet endroit. Je me sens oubliée et jetée de côté. Le DCF1 est censé m’aider, non ? Si c’est ça qu’ils appellent « aider », alors je crois que j’ai reçu suffisamment d’aide. J’irais beaucoup mieux en me débrouillant toute seule. On dirait que vous êtes ma dernière chance de sortir d’ici. Ne me laissez pas tomber. Je ne supporterais pas un autre mois ici. »

Déjà 18 681 personnes ont signé la pétition adressée au DCF du Connecticut pour demander la libération de Jane Doe, et cette semaine Katie Couric a reçu Laverne Cox, Tiq Milan et Chase Strangio pour parler de l’affaire de Jane.

Pour autant, elle est toujours en prison. Jane doit être libérée de prison afin qu’elle puisse guérir et s’en remettre, et pour qu’elle puisse vivre dans l’amour et le soutien qu’elle mérite. Jane est une adolescente avec des rêves, et elle a besoin de notre aide pour les réaliser.

Rejoignez nous pour exiger sa libération immédiate !

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LETTRE DE JANE DOE AU GOUVERNEUR MALLOY

Monsieur le Gouverneur Malloy, je vous écris pour vous faire savoir que c’est mon anniversaire aujourd’hui. Je suis dans cette prison depuis un mois maintenant et il n’y a rien de prévu pour m’en faire sortir. Je souffre ici. J’ai du mal à dormir et je ne mange pas beaucoup. Je pleure dans mon lit chaque nuit. Je ne peux pas être moi-même dans cet endroit. Je me sens oubliée et jetée dans un coin. Comme vous le savez sûrement, ces sentiments ne sont pas nouveaux pour moi. C’est comme ça dans ma vie depuis que je suis toute petite. Mon avocat-e dit que la Commissaire Katz est la seule à pouvoir faire quelque chose, mais quand je lui ai écrit une lettre, ça n’a pas aidé. Elle m’a laissée tomber. Si vous êtes son supérieur, vous pouvez faire quelque chose, non ? Tout le monde dit que je devrais être quelque part où je pourrais recevoir de l’aide, et Katz continue de dire à tout le monde qu’elle travaille à me faire sortir d’ici, mais je ne la crois pas. Je crois que c’est juste une histoire fausse de plus qu’elle raconte. Je voudrais la traiter de menteuse mais les gens me disent que je ne devrais pas dire ça d’une personne aussi importante qu’elle. Tout ce que je sais c’est qu’elle a dit beaucoup de choses fausses sur moi.

Elle est allée à la télé pour dire aux gens que j’avais crevé les yeux de quelqu’un-e et que je lui avait cassé la mâchoire. C’était un mensonge. Elle a dit qu’elle n’avait jamais demandé à ce que je sois envoyée à Manson. C’était un mensonge. Elle a dit à tout le monde que j’allais intégrer ce programme de réhabilitation pour filles à Riverview. C’était un mensonge. Maintenant elle raconte aux gens qu’elle essaye de me faire sortir d’ici, mais rien ne se passe.J’entends les gens parler, et ils et elles disent que je vais rester ici jusqu’à mes 18 ans. J’en ai assez du DCF. Tout ce qu’ils veulent c’est maquiller ma situation pour faire croire à tout le monde que je suis une sorte d’animal sauvage. Est-ce qu’ils ont le droit de faire ça ? De mentir à mon propos, de me jeter en prison et de m’oublier ? Si j’avais du pouvoir et des responsabilités, je ne laisserais pas ce genre de choses arriver. Si vous êtes Gouverneur, alors vous êtes responsable de toutes les personnes qui travaillent pour l’État. Le DCF est censé m’aider, non ? Si c’est ça qu’ils appellent « aider », alors je crois que j’ai reçu suffisamment d’aide. J’irais beaucoup mieux en me débrouillant toute seule. On dirait que vous êtes ma dernière chance de sortir d’ici. Ne me laissez pas tomber. Je ne supporterais pas un autre mois ici.

Jane Doe.

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NOUS RÉCLAMONS #JUSTICEFORJANE PARCE QUE PERSONNE NE DOIT ÊTRE LAISSÉ-E POUR COMPTE !

par Reina Gossett

Aujourd’hui, ça fait 50 jours que Jane Doe, une fille trans racisée de 16 ans, a été incarcérée dans un prison pour adulte du Connecticut, malgré la fait qu’elle n’a été reconnue coupable d’aucun crime et qu’elle n’est inculpée d’aucune charge criminelle. Elle a passé la majeure partie de ce temps en isolement. Elle a demandé de l’aide, mais ceux qui la détiennent l’ont enfermée dans un coin en espérant que tout le monde l’oublie.

Heureusement, depuis l’incarcération de Jane, son histoire a été relayée dans le New York Times, sur CNN, dans Salon, ELIXHER, etc. Nous avons aussi pu lire les propres mots de Jane Doe racontant la situation dans laquelle elle se trouve, qui est terriblement pressante et désespérée. Elle dit :

« Je suis dans cette prison depuis un mois maintenant et il n’y a rien de prévu pour m’en faire sortir. Je souffre ici. J’ai du mal à dormir et je ne mange pas beaucoup. Je pleure dans mon lit chaque nuit. Je ne peux pas être moi-même dans cet endroit. Je me sens oubliée et jetée dans un coin. Si vous êtes Gouverneur, alors vous êtes responsable de toutes les personnes qui travaillent pour l’état. Le DCF est censé m’aider, non ? Si c’est ça qu’ils appellent « aider », alors je crois que j’ai reçu suffisamment d’aide. J’irais beaucoup mieux en me débrouillant toute seule. On dirait que vous êtes ma dernière chance de sortir d’ici. Ne me laissez pas tomber. Je ne supporterais pas un autre mois ici. »

Mais elle est toujours incarcérée, comme tant d’autres personnes dont on ne connaîtra jamais le nom.

Durant les dix dernières années, beaucoup de choses ont été faites pour mettre en lumière les taux d’incarcération disproportionnés qui touchent les personnes trans, et en particulier les femmes trans racisées. On a aussi largement parlé des réalités de la vie des personnes trans qui sont incarcérées. À ce sujet, vous pouvez aller voir Its War In Here.

Plus récemment, des gens ont poussé les mouvements sociaux (y compris les mouvements féministes et abolitionnistes de la prison) à prendre en compte l’auto-détermination de genre et la libération trans dans leur façon de travailler.

CertainEs d’entre nous ont écrit des textes et créé de la documentation pour analyser en profondeur ce que signifie l’abolition du système carcéral (le Barnard Center for Research on Women a déjà publié des travaux ici). Ces travaux se concentrent sur le fait que personne ne doit être laissé pour compte, car ce mouvement a besoin de chacunE d’entre nous. Je pense en particulier à la série de vidéos que j’ai créées en collaboration avec Cece McDonald et Dean Spade.

Alors aujourd’hui, je me joins au mouvement pour la libération de Jane Doe en pensant que personne ne devrait être incarcéréE. L’appel à la Justice pour Jane est aussi un appel à l’abolition de tout le système et à la poursuite de la création d’alternatives. Un système qui enferme une fille trans racisée de 16 ans n’est pas dysfonctionnel. Au contraire, il fonctionne exactement comme il a été conçu. Un système qui punit la ténacité qu’il faut pour résister à une vie entière de traumatismes est précisément le système qui est issu de l’esclavage, du travail forcé et de la ségrégation raciale. Tout ça dans le but de maintenir en place les mécanismes de la suprématie blanche qui ont bâti ce système d’injustice criminelle.

C’est pourquoi nous vous demandons de vous joindre à nous pour réclamer la Justice pour Jane.

Articles initialement publiés ici et ici, en mai/juin 2014. Traduits de l’anglais (USA) par Noomi B. Grüsig, en décembre 2015.

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1DCF : Department of Children and Families : (Service des Enfants et des Familles) : Institution d’assistance sociale qui gère aussi des maisons de correction et des foyers pour mineurEs.

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