Et si on remettait un peu de « libération » dans le « mouvement de libération homosexuelle » ? —par Leslie Feinberg

ET SI ON REMETTAIT UN PEU DE « LIBÉRATION » DANS LE « MOUVEMENT DE LIBÉRATION HOMOSEXUELLE » ?

Discours prononcé par Leslie Feinberg, rédacteurice en chef.fe de Workers World, lors de la Marche des Fiertés LGBT de San Francisco en 2006.

Il est temps ! Il est temps ! Il est grand temps de remettre un peu de « libération » dans le mouvement de « libération homosexuelle » dans le mouvement de libération lesbienne et bissexuelle, transsexuelle et transgenre, intersexuée et queer.

Aucun politicien ne le fera pour nous. Les Démocrates et les Républicains ont déclaré la guerre au mariage homosexuel. Nous devons être celles et ceux qui combattent la discrimination étatique subie par nos familles. En même temps, imaginez à quel point on pourrait électrifier le pays si nous affirmions que les gens ne devraient pas avoir besoin de se marier pour pouvoir bénéficier d’une assurance santé nous demandons le droit à une assurance santé pour toutes et tous !

Frederick Douglass l’a mieux dit  : « Sans lutte, pas de progrès ». Et la solidarité est ce qui nous unit dans la lutte.

Celles et ceux qui ont combattu la police lors de la rébellion de la caféteria Compton en 1966, ou lors du soulèvement de Stonewall en 1969, le savaient au plus profond de leur chair. Asiatiques et Latin@s, Noir-es et blanc-hes, trans et gay, lesbiennes et bi-es, en s’unissant contre un ennemi commun, ont réussi à rassembler les nuages orageux de leurs forces.

Nous avons besoin de rassembler nos forces aujourd’hui.

Notre mouvement est né d’un combat contre la violence policière. Nous devons nous unir aujourd’hui à celles et ceux dont les communautés sont occupées par la police de la même façon que les troupes du Pentagone occupent Baghdad. Nous devons offrir notre plus profonde solidarité aux familles et communautés Noires, Latines, Asiatiques, Indigènes et Arabes dont les jeunes sont tué-es par les flics, comme Asa Sullivan, tué par la police ici le 6 juin. Nous voulons de l’argent pour reconstruire nos villes, pas pour des prisons ou de la terreur policière.

Dans les années 70, beaucoup d’entre nous au sein du mouvement de libération homosexuelle se sont mobilisé-es en soutien à la lutte des ouvrier-es agricoles Chican@s qui luttaient pour créer un syndicat le United Farm Workers dans les champs de Californie. Et Cesar Chavez et l’UFW ont défendus les droits homosexuels. Aujourd’hui, l’UFW nous demande de l’aide pour résister au harcèlement du syndicat en boycottant les raisins Krug et Mondavi. Il est temps dire à l’UFW : Nous vous soutenons !

Nous devons montrer de la solidarité avec le combat à la vie à la mort mené par des syndicalistes Colombien-nes assigé-es en soutenant leur appel au boycott de tous les produits Coca-Cola.

Il est temps de réellement mobiliser notre mouvement en solidarité avec les travailleur-euses migrant-es sans-papiers. Si les gouvernements examinent et dissèquent les papiers d’identité, de nombreux corps LGBT, de nombreuses vies LGBT et de nombreux amours LGBT seront examiné-es et disséqu-es de la même manière. Le gouvernement sème les graines du racisme. Il est temps de lui dire : Aucun être humain n’est illégal ! Arrêtez de déporter celles et ceux que l’on aime ! Il n’y a pas de frontières entre nos luttes.

Nos collègues et voisin-es Arabes, Asiatiques du Sud, et Musulman-es sont enfermé-es par le gouvernement dans des endroits secrets sans qu’aucune charge ne soit retenue contre elles/eux. Pour celles et ceux qui se demandent : « Comment est-ce possible que pendant la Seconde Guerre Mondiale des Américain-es Japonais-es aient pu être interné-es ici en Californie ? » c’est comme ça que ça commence ! Nous devons lever nos voix pour exiger : Stop aux rétentions de migrant-es Musulman-es, Arabes et Asiatiques du Sud !

Au Moyen-Orient, le Pentagone et Wall Street ont financé l’occupation brutale de la Palestine historique avec l’argent de nos impôts. Nous devons nous rassembler pour organiser le boycott de la Marche Mondiale des Fiertés de Jérusalem. Il n’y a aucune fierté dans l’occupation !

Et nous devons nous méfier quand Big Oil et Wall Street disent partirent en guerre contre l’Afghanistan, l’Irak ou l’Iran dans le but de libérer les femmes ou les homosexuel-les. Depuis quand est-ce que le Pentagone est un outil pour la libération des femmes ou des homos ? Notre rôle est d’exiger : Pas de guerres pour le pétrole ! Que les troupes rentrent à la maison, maintenant !

Et que dire de la guerre raciste qui a lieu ici-même ? Regardez à la Nouvelle-Orléans une capitale Africaine-Américaine et LGBT. Vous savez pourquoi les digues se sont brisées ? Parce que l’argent qui aurait du servir à les consolider a été utilisé pour faire la guerre. Maintenant, des dizaines de milliers de personnes Noires sont contraintes à revivre une diaspora, pendant que les promoteurs immobiliers sabrent le champagne à l’idée de gentrifier la ville pour y attirer de riches blancs. Nous devons exiger que tou-tes les surivant-es de Katrina aient le droit de retourner chez elles/eux.

Les mêmes intérêts des promoteurs immobiliers conduisent au déplacement de la population Noire ici-même à Bay View / Hunter’s Point. Nous voulons des logements abordables pour tous et toutes, pas la guerre !

Nous voulons de l’argent pour combattre le SIDA et le cancer du sein pas pour la guerre. Nous voulons des aménagements pour les Sourd-es et les personnes en fauteuil roulant, pas de guerres qui tuent et mutilent. Nous voulons des droits à la contraception et à l’avortement, pas d’une guerre faite aux corps des femmes. Nous voulons des emplois avec un salaire décent, pas d’opportunités professionnelles dans l’armée.

Si nous voulons construire un mouvement, si nous voulons nous battre pour des droits aussi bien que pour la libération, nous devons combattre le racisme et le sexisme, et mettre à l’avant-plan de nos agendas la lutte pour un plus grand respect et une véritable reconnaissance du leadership des personnes racisées, des femmes et des jeunes au sein de ce mouvement.

Pouvons-nous bâtir cette unité dont nous avons besoin pour conquérir notre libération ? ¡Sí se puede! ¡Sí se puede!

Longue vie à l’esprit de Gwen Araujo !

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— Texte traduit de l’anglais (USA) par Noomi B. Grüsig, en novembre 2014.

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