Ce qui se cache derrière les tueries de Paris : RACISME & IMPÉRIALISME

Puisque ces derniers jours la liberté d’expression est un peu mise à mal par des condamnations en justice extrêmement sévères de paroles, je préfère préciser que :

CECI N’EST ABSOLUMENT PAS UNE DÉFENSE OU UNE APOLOGIE DU TERRORISME, MAIS SIMPLEMENT LA TRADUCTION D’UN ARTICLE AMÉRICAIN QUI PREND UN PEU DE RECUL SUR LA SITUATION !

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Un point de vue d’outre-atlantique :

Ce qui se cache derrière les tueries de Paris :

racisme & impérialisme

Traduction d’un article de Fred Goldstein, publié le 13 janvier 2015, sur Workers World. Texte traduit de l’anglais (USA) par Noomi B. Grüsig.

Le dimanche 11 janvier, une manifestation massive s’est déroulée à Paris, en compassion avec les membres de l’équipe du journal caricaturiste satirique Charlie Hebdo qui ont été tuéEs le 7 janvier, mais aussi avec unE policierE MusulmanE et quatre clientEs d’une épicerie Juive qui sont mortEs dans deux attaques armées cette semaine.

La cible première des attaques, c’était l’équipe du journal. Ce journal avait, de manière répétée, publié des dessins insultant l’Islam et le Prophète Muhammad. Ils étaient en train de préparer la parution d’autres dessins offensants quand ils ont été tués.

Les autorités Françaises ont identifié les assaillants comme étant Said Kouachi, 34 ans, son frère Cherif, 32 ans, et Amedy Coulibaly, 32 ans. Les deux frères étaient des citoyens Français nés d’ascendantEs AlgérienNEs, et Coulibaly était [citoyen Français] né d’ascendantEs d’Afrique de l’Ouest [du Mali, en l’occurrence, ndlt]. Bien entendu, toutes les informations disponibles sur ces attaques proviennent exclusivement de la police Française et des services de renseignement Français. Rien de ce qu’ils disent ne peut être pris pour argent comptant.

D’un autre côté, même si certaines personnes pensent que l’attaque est un coup monté manigancé par Paris, le mouvement doit considérer ces faits comme une question politique en évitant de se fier à des théories du complot, à moins que de nouvelles informations significatives soient mises à jour.

Ces meurtres ont été, évidemment, condamnés jour et nuit par les grands médias en France, à travers l’Europe, et aux États-Unis. Mais parmi celles et ceux qui ont condamné ces meurtres, on trouve aussi le Hamas, et Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah. Ces deux groupes de résistance ont été héroïques dans leur combat contre l’état Sioniste d’Israël et ses bailleurs de fonds impérialistes. Le Hamas, bien sûr, a notamment mené Gaza dans sa lutte contre l’occupation Israélienne.

Pour les progressistes et les révolutionnaires, ces événements posent différentes questions compliquées. Devons-nous condamner ces tueries ? Est-ce que ces attaques doivent être qualifiées de « massacre », quand on sait que, pendant 51 jours l’été dernier, Israël tuait en moyenne quatre fois plus de personnes quotidiennement à Gaza ? Et à aucun moment les médias ou les dirigeants politiques n’ont qualifié ça de « massacre ».

La terminologie, en elle-même, est une arme dans la lutte. Et si l’on veut être sûrE d’être bien comprisEs, le langage utilisé par la classe dominante ne peut pas être automatiquement adopté.

Comment s’opposer à ces tueries sans donner l’impression de se rallier à l’impérialisme et sans accorder de tolérance politique aux attaques portées par les dessinateurs contre l’Islam, qui constituent en elles-même ce que beaucoup de gens pourraient considérer comme des discours haineux ?

C’est sur, des attaques comme celles menées à Paris ne font pas avancer la lutte des millions de MusulmanEs oppriméEs, que ce soit en Europe ou au Moyen-Orient. En réalité, elles facilitent même la tâche des impérialistes en les aidant à mobiliser leur propres populations en soutien à la répression Islamophobe et aux interventions militaires. Même Nasrallah lui-même a été cité, disant que ces attaques ont probablement fait plus de mal à l’Islam que ne l’ont fait les caricatures (Huffington Post, 9 janvier 2015).

Les plus grands terroristes dénoncent le terrorisme.

D’un autre côté, les plus vives dénonciations du terrorisme ont été faites par les plus grands terroristes au monde — les pouvoirs Étasuniens, Français, Britanniques et Européens. Ils essaient d’utiliser la répulsion à l’encontre de ces tueries pour défendre leurs objectifs de répression raciste à l’encontre de leurs résidentEs Islamiques, pour augmenter le flicage, et pour justifier l’intensification des bombardements et des opérations militaires en Irak, en Syrie, au Yémen, au Pakistan, en Afghanistan et ailleurs.

Le Département de Police de New York (NYPD), raciste, a déjà exploité les événements de Paris pour accroître sa surveillance et lancer des alertes de sécurité mensongères dans le but d’étendre ses opérations. Ces déclarations alarmistes et les tactiques du NYPD sont sans aucun doute mises en œuvre pour saper le mouvement « Black Lives Matter » et redorer l’image ternie des flics.

Les plus grands terroristes planétaires ultra-puissants veulent dissimuler les origines de la tuerie de Paris. Pourtant, ces attaques doivent être analysées avec en toile de fond plus de trente ans de guerre contre des pays Musulmans, principalement menées par les États-Unis, mais en collaboration avec d’autres pays, dont la France.

Glenn Greenwald a fait le compte des bombardements depuis 1980 : « Iran (1980, 1987-1988), Libye (1981, 1986, 1989, 2011), Liban (1983), Koweït (1991), Irak (1991-2011, 2014-…), Somalie (1992-1993, 2007-…), Bosnie (1995), Afghanistan (1998, 2001-…), Soudan (1998), Kosovo (1999), Yémen (2000, 2002-…), Pakistan (2004-…) et maintenant Syrie. » (The Intercept).

Pas un mot sur le massacre impérialiste

Alors qu’on nous montre des photos horribles des suites de l’attaque subie par Charlie Hebdo, on ne nous montre jamais de telles photos des familles massacrées par les raids de drones Étasuniens menés au Pakistan, au Yémen ou en Somalie. Lorsque le chef du gouvernement Français dit que « Nous sommes en guerre contre l’Islam radical », il n’évoque pas non plus le fait que « la France apparaît aujourd’hui comme un des intervenants les plus actifs dans le monde Musulman, menant des opérations militaires en Libye, au Mali, au Tchad, en Côte d’Ivoire, en République Centrafricaine, à Djibouti, à Abu Dhabi, en Afghanistan, en Irak et en Syrie. Les critiques accusent la France d’entrer dans une nouvelle ère de colonialisme au Moyen-Orient et en Afrique. » (Eric Margolis, Common Dreams, 10 janvier 2015).

Les crimes de guerre des États-Unis sont gravés dans la mémoire des masses Musulmanes : des images de l’Afghanistan, frappé par des bombes « intelligentes », des bombes à guidage laser, des bombes à pénétration « anti-bunker », et les bien-nommées bombes à fragmentation — des bombes de plus de 2000 kg qui explosent au-dessus du sol et tuent tout ce qui se trouve dans un rayon de 100 mètres. Rien qu’en Afghanistan, des millions de personnes se sont retrouvées sans toit, et on ne nous dit pas combien sont mortes. Tout cela a été suivi par le bombardement « choc et effroi » de l’Irak, avec notamment l’attaque Étasunienne sur Fallujah, avec la quasi-destruction de cette ville de 300 000 habitantEs. Viennent ensuite les images de Abu Ghraib, de Guantanamo, et des autres chambres de tortures mises en place par l’armée Étasunienne et la CIA.

Les Français ont colonisé le Vietnam, le Cambodge, le Laos, ainsi que de grandes parties de l’Afrique du Nord et de l’Ouest au 19ème siècle. La Légion Étrangère Française, une force mercenaire, a été tristement célèbre pour sa brutalité dans l’ère coloniale Française. La liste des crimes impérialistes contre les MusulmanEs et les autres peuples colonisés est trop longue pour être énumérée ici (voir l’article « French imperisalism’s brutal colonial rule » de John Catalinotto, sur le site Workers.org), mais c’est bien ça, la toile de fond des tueries de Paris.

Le mouvement populaire ne doit pas laisser l’opposition à ces tueries supplanter la résistance aux interventions Françaises et Étasuniennes en Irak, en Syrie et en Afrique du Nord, juste parce que ces impérialistes combattent pour le moment l’EIIL ou Al-Qaïda. Les forces réactionnaires de l’EIIL et d’Al-Qaïda doivent être battues au sol par les forces progressistes et révolutionnaires au sein des sociétés Islamiques, pas par l’impérialisme. Une victoire de Washington ou de Paris ne serait qu’un revers coûteux pour tous les peuples opprimés du monde.

La liberté d’expression et la question nationale

C’est une caractéristique de la société capitaliste Française et de l’impérialisme Français de gérer la question nationale en refusant de reconnaître son existence. Ce chauvinisme national impassible a façonné les comportements. Et en l’occurrence, la gauche en France s’est honteusement conformée à cette attitude. Et ça, c’est intimement lié aux attaques qui ont eu lieu ces derniers jours à Paris.

Selon le New York Times du 8 janvier : « En 2012, quand les rédacteurs de Charlie Hebdo ont ignoré l’avis du gouvernement et ont publié des caricatures grossières du Prophète Muhammad nu et dans des poses sexuelles, les autorités Françaises ont fermé leurs ambassades, leurs centres culturels et leurs écoles dans une vingtaine de pays », anticipant la réaction violente.

Le directeur de la publication, Stéphane Charbonnier, qui a été tué mercredi, était intransigeant et a été placé sous protection policière depuis 2012. Il a risqué sa vie pour avoir le droit d’insulter un milliard de personnes opprimées, sans restriction ni retenue.

Toujours selon le Times : « Par le passé, Mr. Charbonnier a promis que ses dessinateurs continueraient à se moquer « jusqu’à ce que l’Islam soit aussi banal que le Catholicisme » [] Dans son effort tapageur, vulgaire et parfois clairement commercial pour offenser toute piété Islamique […] Charlie Hebdo était aux avant-postes de l’opposition à l’Islam conservateur. »

Charbonnier met donc au même niveau la religion des colons — la religion des Croisades et des missionnaires qui étaient aux première lignes de l’asservissement colonial — et l’Islam, une religion pratiquée en majorité par des peuples opprimés qui ont été vaincus par le colonialisme et qui ont été attaqués de manière répétée par les forces militaires de Washington, Londres, Paris, Berlin, Rome, etc.

La fausse équivalence entre l’oppriméE et l’oppresseur

Cette attitude est un reflet de la société Française, menée par sa classe dirigeante. Quand les Français ont colonisé l’Algérie, ils ont catégorisé la population Algérienne comme étant Française, et ont considéré l’Algérie comme une région de France. Ils ont même mis des représentants marionnettes au parlement Français pour appuyer l’illusion que « Nous sommes tous Français ».

En 2005, quand la jeunesse des banlieues de Paris, principalement Arabe, Africaine et Musulmane, a mené une rébellion de trois semaines contre la pauvreté, le chômage et l’inégalité des chances, une des demandes était de forcer le gouvernement Français à tenir des statistiques sur le nombre de personnes en France ayant des origines étrangères. Car les AlgérienNEs, les AfricainEs du Nord, et leurs descendantEs ne sont pas comptabiliséEs comme étrangèrEs. Ils et elles sont justes catégoriséEs comme « citoyenNEs FrançaisEs » et par conséquent ne peuvent prouver aucune discrimination basée sur la race ou la nationalité. [le mot « race » est employé ici par l’auteurE comme définissant une réalité sociologique, pas comme une connerie essentialiste raciste, ndlt]

Imaginez si les AméricainEs AfricainEs n’était pas comptabiliséEs comme telLEs ou si les Chican@s n’étaient pas considéréEs comme Latin@s par le gouvernement des États-Unis. Ils et elles ne pourraient jamais faire l’objet de programmes anti-discriminations si chacunE était juste unE « AméricainE ».

C’est bel et bien cette attitude chauvine qui se cache derrière le magazine Charlie Hebdo. Charbonnier était censé être de « gauche ». Mais aucune personne réellement de gauche, et certainement aucunE communiste, ne peut ignorer la question de l’oppression nationale. Ce n’est pas une question de « libre expression », mais plutôt une question de discours haineux, qui a pour conséquence d’abreuver les forces racistes de la droite dans leur travail de discrimination, de harcèlement et de violence à l’encontre les MusulmanEs.

Le deuxième plus grand parti de France lors des dernières élections était le Front National, une force menaçante, une organisation fasciste qui a fait de l’Islamophobie et des restrictions contre la communauté Musulmane le centre de son programme. Ces dessins nourrissent la frénésie islamophobe, pas uniquement en France mais aussi en Allemagne, ou les Patriotes Européens Contre l’Islamisation ont récemment organisé une marche de 18000 personnes à Dresde. Le Parti Démocrate Suédois, qui est anti-Islamique, gagne 15 % des votes. Le Parti Indépendant du Royaume-Uni, l’Aube Dorée en Grèce, et d’autres partis fascistes et Islamophobes de droite et d’extrême-droite s’agrandissent dans l’atmosphère de la crise économique capitaliste.

Le chômage élevé et la pauvreté préparent le terrain au racisme et aux tactiques du « diviser-pour-mieux-régner ».

Le droit démocratique de libre expression, pour les progressistes, les travailleurs/travailleuses, les communautés opprimées et toutes les organisations qui doivent lutter contre le capitalisme et la réaction est extrêmement important. Mais ce droit, pourtant, est extrêmement restreint dans la société capitaliste car ce sont les riches qui détiennent les médias, les maisons d’édition, les studios de cinéma, les grandes imprimeries, les fournisseurs de papier, etc. En conséquence, c’est la bourgeoisie qui voit son point de vue mis en avant 24h/24 et 7j/7, à tout moment et de toutes les façons.

Mais le « droit » du Ku Klux Klan, de la John Birch Society, du Tea Party, etc. de vilipender les AméricainEs AfricainEs, les Latin@s, les immigrantEs, les femmes, les personnes lesbiennes-gays-bi-trans-queer devrait être supprimé par les gens eux-mêmes dans une lutte contre ces incitateurs à la haine. De la même façon, les forces progressistes en France devraient se réveiller et faire taire les forces racistes engendrées par l’impérialisme Français.

Et surtout, le mouvement aux États-Unis doit se méfier de la progression constante du racisme et de l’Islamophobie, ainsi que de l’intensification de l’activité policière à un niveau local et fédéral.

Copyright © 2015 Workers.org

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