LA VRAIE VIE DE SOPHIA BURSET : le cauchemar vécu par les femmes trans emprisonnées

Hopla, une petite trad vite fait (qui n’est pas hyper travaillée, je peaufinerais à l’occas’ si j’ai le temps… et si vous remarquez des erreurs, n’hésitez pas à m’en faire part) d’un article paru ici et faisant référence à la nouvelle série à succès (notamment auprès des lesbiennes) « Orange is the New Black ». Comme quoi, si on peut fantasmer (probablement à raison) la vie en non-mixité, il n’y a pas pour autant la moindre raison de fantasmer l’univers carcéral… Ceci dit, rien de neuf à l’ombre, mais c’est toujours bon de rappeler certaines réalités…

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LA VRAIE VIE DE SOPHIA BURSET :

LE CAUCHEMAR VÉCU PAR LES FEMMES TRANS EMPRISONNÉES

texte original écrit par Mey, traduit de l’anglais par Noomi B. Grüsig.

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Dans la nouvelle série Orange is the New Black produite par Netfix, on ne peut s’empêcher de remarquer l’actrice Laverne Cox qui joue le rôle de Sophia Burset, une femme trans purgeant sa peine en compagnie des autres prisonnières au sein de l’établissement correctionnel fictif de Litchfield à New York. À un moment dans la série, Sophia se voit refuser l’accès à son traitement hormonal, ce qui met en évidence les difficultés rencontrées par les femmes trans en général, et plus particulièrement par celles qui sont incarcérées, à avoir accès à des soins médicaux appropriés. Par ailleurs, Sophia est un exemple rare d’une femme trans incarcérée dans une prison pour femmes. La terrible réalité est toute autre : les personnes trans sont quasi systématiquement incarcérées en fonction du sexe qui leur a été assigné à la naissance. Cette situation n’implique pas seulement une carence dans l’accès à des soins médicaux appropriés, mais elle conduit aussi à une détresse psychologique accrue ainsi qu’à un accroissement des risques d’agression et de harcèlement, et à une exposition extrêmement élevée aux violences sexuelles. Pour les femmes trans sous les verrous, l’accès à des soins médicaux appropriés et le droit à la sécurité face aux matons et aux autres détenus constituent de très sérieux problèmes. Et tout commence à partir du moment où elles sont placées dans des prisons destinées aux hommes.

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Cece McDonald

Probablement que le cas récent le plus médiatisé d’une femme trans incarcérée est celui de Cece McDonald. En juin 2011, McDonald, une femme afro-américaine, passait devant un bar avec plusieurs amiEs quand un groupe d’hommes blancs se mirent à leur beugler des insultes racistes, homophobes et transphobes. S’en suivie une bagarre au cours de laquelle McDonald a reçu un verre brisé en pleine face, ce qui lui valut 11 points de suture. Elle et ses amiEs essayèrent de fuir mais leurs agresseurs les suivirent et l’assaillant principal, Dean Schmitz, fut fatalement poignardé avec une paire de ciseaux. En dépit de divers actes de violence commis par Schmitz dans le passé et de son affiliation à des groupes de suprémacistes blancs, McDonald a été accusée de meurtre au second degré mais a plaidé pour homicide involontaire. Elle a été condamnée à une peine de 41 mois dans la prison pour hommes de St.Cloud, dans le Minnesota. Dès son arrestation, McDonald avait peu d’espoir d’être placée dans une prison appropriée. En effet, selon Katie Burgess, directrice du Trans Youth Support Network, « il n’y a en réalité aucun précédent où des personnes trans aient été placées dans des établissements correspondant à leur identité de genre ».

Le National Center for Lesbian Rights affirme que les prisonnièrEs trans qui n’ont pas effectué de chirurgie de confirmation de sexe sont incarcéréEs en fonction du sexe qui leur a été assigné à la naissance. Cela veut dire que toutes les femmes trans qui ne veulent pas faire de chirurgie génitale, ou qui ne peuvent pas s’en payer une, sont contraintes de vivre dans des prisons pour hommes. Dans la mesure où il est très difficile pour les personnes trans, et tout particulièrement pour les femmes trans racisées, d’obtenir un emploi stable et un logement fixe, la chirurgie de confirmation de sexe est quelque chose qui reste généralement hors de leur portée. Et de surcroît, parmi les cibles favorites de la police… on trouve notamment les femmes trans racisées… Le National Center for Transgender Equality avance les chiffres suivants : 21 % des femmes trans, et presque 50 % des personnes trans noires ont été ou seront incarcérées au moins une fois dans leur vie. Ce taux est de 2,7 % pour l’ensemble de la population. Cette exigence de chirurgie génitale induit une vulnérabilité accrue des prisonnierEs trans, et plus particulièrement des femmes trans, aux harcèlements et agressions sexuelles.

Une prison pour hommes est un endroit dangereux pour une femme. Selon une étude du Department of Justice, plus d’un tiers des prisonnierEs trans ont été abuséEs sexuellement au cours de leur incarcération, et les femmes trans sont 13 fois plus susceptibles d’être agressées sexuellement pendant leur détention que les femmes cis. Il s’agit bien là de la réalité effrayante connue par les femmes trans qui, lors de leur arrestation, passent d’un monde où elles sont déjà de manière disproportionnée victimes de crimes violents à un monde peut-être encore plus dangereux pour elles. Il s’agit là d’un tableau peu réjouissant qui pourrait pourtant être amélioré, au moins partiellement, en commençant déjà tout simplement par placer les femmes trans dans des prisons qui correspondent à leur genre.

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Ophelia De’lonta

Les femmes trans contraintes à vivre dans des prisons pour hommes doivent aussi affronter l’humiliation de devoir singer un genre qui ne leur correspond pas. Dans de nombreuses prisons, les femmes trans sont obligées de couper leurs cheveux et ne sont pas autorisées à porter le moindre vêtement féminin. Pour de nombreuses femmes trans, pouvant par ailleurs déjà souffrir de dépression ou de dysphorie1, il s’agit d’un fardeau supplémentaire à porter. De nombreuses études ont montré que, par rapport aux autres détenuEs, les personnes trans sont particulièrement victimes d’agressions, de violences et de harcèlement, et ceci est particulièrement vrai pour les femmes trans contraintes à vivre dans des prisons pour hommes. Pour beaucoup de détenues trans, leur seul espoir est d’être placées à l’isolement, ce qui bien souvent n’arrive qu’après au moins une première agression sexuelle. À l’isolement, elles sont maintenues à l’écart du reste de la population carcérale et sont généralement protégées des agressions provenant des autres détenus. Mais elles sont ainsi plus vulnérables aux violences provenant des matons et du personnel pénitentiaire, et doivent supporter la solitude et le manque d’activité et de programme éducatif et professionnel.

Pour beaucoup de femmes trans incarcérées dans des prisons pour hommes, les agressions sexuelles ne sont malheureusement qu’un problème parmi tant d’autres. Beaucoup d’entre elles n’ont même pas accès aux hormones dont elles ont besoin pour garder leur corps et leur esprit en bonne santé. C’est par exemple le cas d’Ophelia De’lonta, une femme trans racisée incarcérée en Virginie, dans une prison pour hommes. Le Virginia Department of Corrections a récemment décidé que son traitement hormonal n’était pas une nécessité médicale et qu’à partir de maintenant ils n’allaient plus le financer. Les tribunaux ont pourtant légiféré sur le fait que les administrations pénitentiaires ont pour obligation d’assurer la sécurité et la santé des prisonnierEs, mais c’est aux détenues trans que revient la charge de prouver qu’elles sont dans une situation dangereuse ou que leur traitement hormonal constitue un réel besoin médical.

Il semble qu’il n’y ait aucun règlement spécifique ni aucune directive expliquant pourquoi les femmes trans n’ayant pas procédé à une chirurgie génitale sont placées dans des prisons pour hommes. Les prisonnières témoignent simplement du fait que dans la plupart des cas, les policiers qui procèdent à leur arrestation se contentent d’examiner leurs organes génitaux et de les placer en détention uniquement en fonction de ce critère, indépendamment de leur identité de genre et/ou des autres étapes déjà effectuées dans leur processus de transition, et sans réfléchir à aucun moment à dans quelle prison leur sécurité serait la mieux assurée. Plusieurs femmes trans ont déjà tenté d’attaquer en justice l’administration pénitentiaire, dans l’espoir d’être placées dans des établissements pour femmes, mais elles ont presque toujours été déboutées, notamment en raison d’une loi disant que les détenuEs n’ont aucunement le droit de choisir la prison dans laquelles els vont purger leur peine. Dans l’ensemble, il semble que le Criminal Justice System ne considère pas comme des femmes les femmes trans n’ayant pas procédé à une chirurgie génitale. Cela conduit à une situation cauchemardesque où les femmes trans sont systématiquement placées dans des prisons qui sont particulièrement dangereuses pour elles, et qui ne sont absolument pas équipées pour leur assurer un minimum de sécurité et de santé. Tant que les femmes trans ne seront pas perçues comme les femmes qu’elles sont, et tant que leurs besoins en terme de santé et de sécurité ne seront pas perçus comme des priorités par l’administration pénitentiaire, la vie en prison continuera d’être une expérience terrifiante, violente et dangereuse pour beaucoup trop de femmes trans.

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SANS ENGAGER D’AUCUNE MANIÈRE L’AUTEURE DU TEXTE CI-DESSUS, LA TRADUCTRICE SE PERMET DE RAPPELER QUE :

La transphobie en prison n’est que le reflet exacerbé de la transphobie générale qui sévit dans la société. De même, la misogynie en prison n’est que le reflet exacerbé de la misogynie générale qui sévit dans la société.

Par ailleurs, les personnes trans en prison ne font que subir, d’une manière exacerbée par la transphobie, les mauvais traitements infligés aux prisonnierEs en général.

Il y a peu de solutions satisfaisantes envisageables en dehors de l’abolition complète du système carcéral et de l’anéantissement de la transphobie, du cissexisme et de la misogynie sous toutes leurs formes…

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1. Si, en français, le terme « dysphorie » reste encore couramment associé au jargon psychiatrique transphobe, cissexiste et transmisogyne, il est aujourd’hui de plus en plus utilisé en anglais pour simplement décrire un sentiment de non-correspondance entre l’identité de genre de quelqu’unE et le rôle social qu’on attend d’ellui et/ou le fonctionnement de son corps ou son anatomie. Par exemple, une personne trans peut éprouver un sentiment de dysphorie avant sa transition quand on attend d’elle un comportement social associé au sexe qui lui a été assigné à la naissance alors que ce comportement ne lui correspond pas. Autre exemple, une personne trans peut éprouver un sentiment de dysphorie si le fonctionnement de son corps est altéré, notamment suite à la privation d’un traitement hormonal… Une telle privation entraîne un déséquilibre hormonal débouchant sur un mal-être physique pouvant être qualifié de « dysphorie ». En bref, la dysphorie n’est plus forcément perçue comme une maladie mentale en tant que telle, mais simplement comme un mal-être généré par une société transphobe et/ou un état physique inapproprié. (NDT)

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