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texte de Kylie Paintain, paru dans le fanzine Unapologetic (1997) disponible en VO : ici , traduit de l’anglais (AUS) par Noomi B. Grüsig.

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« MtB ? Qu’est ce que c’est encore que ça ? »

La plupart des gens ont déjà entendu parler des personnes transsexuelles « Male to Female » (MtF) et même des lesbiennes transsexuelles, mais le concept d’une personne transsexuelle « Male to Butch » (MtB) est complètement nouveau pour beaucoup de monde.

« À quoi bon passer par une transition MtF si c’est pour ensuite s’identifier en tant que lesbienne ? »

Les gens ayant des problèmes avec les personnes transsexuelles MtF qui s’identifient en tant que lesbiennes restent généralement rivés à une conception erronée de la transition, imaginant que nos motivations relèvent uniquement de nos attirances sexuelles. Ainsi, une personne MtF s’identifiant en tant que butch leur paraîtra particulièrement étrange.

« Les femmes s’identifiant comme butch ne veulent-elles pas en réalité être des hommes ? »

Je crois que cela veut dire ce que ça veut dire lorsqu’on parle de « s’identifier en tant que femme butch », y compris en ce qui concerne le terme « femme ». Pour moi, et d’autres dans mon genre, l’identité butch n’a pas grand chose à voir avec le masculin. Je m’identifie très fortement comme une femme, je considère que mon identité de genre relève du féminin, et que mon identité butch est une expression de mon genre féminin. Je pense qu’on peut afficher des traits masculins sans être un mec pour autant, et sans que notre identité de femme ne perde son sens.

Quand j’ai transitionné, il y a 8-9 ans, une pression énorme s’est exercée sur moi pour que je me conforme à une image stéréotypée de femme et à un rôle de Barbie Hétéro. J’ai essayé de m’y plier − à ce moment, je ne voyais pas vraiment d’autre option − mais ça n’a pas fonctionné. Ça sonnait tout simplement faux, alors j’ai laissé tomber pour essayer de trouver ce qui me correspondait le plus. Ça m’a pris environ 6 ans, au cours desquels je suis toujours restée célibataire.

Ce fut une période difficile. J’ai dû faire face à de nombreux aspects de moi-même qui ne me plaisaient pas, mais je crois que cela m’a permis d’être aujourd’hui beaucoup plus à l’aise par rapport à tout ça. J’ai fais mon coming out de gouine il y a environ 4 ans, mais à ce moment, toutes les gouines que je connaissais étaient andros. Ainsi, même si j’avais déjà fait un grand pas dans la bonne direction, je ne me sentais toujours pas fidèle à moi-même et à qui j’étais. Jusqu’au jour où une personne m’a suggéré de lire quelques livres traitant des identités et dynamiques butch/fem. J’ai alors réalisé à quel point cela me parlait. C’était génial de lire des textes de femmes qui se sentaient comme moi − c’est à dire qui s’identifiaient fortement en tant que femmes tout en valorisant leur côté masculin.

Ça n’a pas vraiment été facile − être visible comme transsexuelle et m’identifier en tant que butch m’a causé quelques problèmes − mais je considère que si des personnes ont un soucis avec ce concept et n’ont pas le courage de venir m’en parler directement, alors c’est leur propre problème et pas le mien. Si j’essaye d’être aussi disponible que possible pour des personnes qui voudraient m’en parler − je crois que c’est seulement en discutant qu’on pourra commencer à avancer et à résoudre quelques uns de ces problèmes − je ne cherche pas pour autant à imposer mes opinions à quiconque. J’essaye de respecter les choix de vie des gens, et j’attends seulement la même chose de leur part.

Après tout, pourquoi est-ce que notre propre expression de genre devrait se conformer à ce qui rassure ou arrange les autres ?  Pourquoi ne pouvons-nous pas exprimer nos personnalités et nos ressentis profonds sans qu’on nous fasse sentir qu’on n’est rien d’autre que des monstres ou des paumés ? Pourquoi devrait-il y avoir une telle limitation et un tel contrôle sur le genre, alors qu’on vit dans une société qui semble vouloir laisser d’autres choses se complexifier ?

Jusqu’à très récemment, les personnes transsexuelles étaient supposées disparaître et s’intégrer une fois leur transition « réussie ». Mais aujourd’hui, nous sommes de plus en plus nombreuses à ne pas vouloir disparaître, à vouloir nous exprimer sur les problématiques de genre, et à ne pas vouloir nous restreindre et nous plier en quatre juste pour préserver le petit confort du citoyen lambda.

Je crois fermement que le meilleur moyen pour moi d’être heureuse et d’explorer tout mon potentiel, c’est d’être au maximum moi-même. Et si ça veut dire bousculer la vision rassurante et convenue que se font les autres du genre, alors qu’il en soit ainsi…

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