Les difficultés auxquelles sont confronté-e-s les détenu-e-s trans dans nos prisons

LES DIFFICULTÉS AUXQUELLES SONT CONFRONTÉ-E-S LES DÉTENU-E-S TRANSGENRES DANS NOS PRISONS

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texte de Megan Chartier, paru dans la brochure Behind The Bars (Portland, 2007) disponible en VO : ici , traduit de l’anglais (USA) par Noomi B. Grüsig.

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De manière générale, on conçoit communément les difficultés auxquelles la plupart des détenus sont confrontés afin d’assurer leur bien-être physique et moral durant leur incarcération. Cependant, en raison de leur appartenance à une minorité de genre, les prisonniers et prisonnières transgenres doivent souvent faire face à des difficultés supplémentaires et/ou particulièrement accrues.

En 2005, Christopher Daly du Transgendered Law Center s’est présenté devant la Commission Nationale pour l’Élimination du Viol en Prison afin de témoigner des difficultés spécifiques auxquelles sont confrontées les personnes trans incarcérées. Ce sont ses conclusions principales qui sont synthétisées dans ce texte.

Les préjugés dont souffrent les minorités sexuelles dans la société ont conduit à une sur-représentation des personnes trans, en particulier des femmes trans, au sein de la population carcérale nationale. Les discriminations dans le monde du travail semblent être des facteurs aggravants : une personne trans à qui l’on refuse un emploi en raison de son identité de genre va plus facilement rejoindre l’économie souterraine qui lui permettra au moins de travailler dans la prostitution et le cyber-sex, ou encore d’avoir accès à des hormones et d’en vendre illégalement à d’autres personnes trans qui n’ont pas les moyens d’accéder à un traitement hormonal dans un cadre médical légal.

Une fois en prison, les personnes transgenres subissent toutes sortes de mauvais traitements en raison de leur non-conformité de genre. Ces maltraitances varient en forme et en intensité et proviennent de l’administration pénitentiaire et des gardiens tout autant que des autres prisonniers.

Le genre dans lequel s’identifient les prisonniers et prisonnières transgenres n’est généralement pas respecté. Les personnes trans pré-opérées sont incarcérées en fonction de leurs organes génitaux, sans qu’on tienne compte de leurs caractéristiques sexuels secondaires générés par des traitements hormonaux ou des implants mammaires. De plus, on s’adresse constamment et volontairement à elles et eux avec des noms et des pronoms qui ne correspondent pas à leur identité de genre. Ce sont souvent l’administration pénitentiaire et le personnel des prisons qui sont à l’origine de ces formes de ré-assignations de genre, et les détenus risquent fort d’être punis s’ils essayent de les corriger.

Puisqu’elle font partie d’une minorité de genre, les prisonnières transgenres sont particulièrement susceptibles d’être victimes d’abus physiques et sexuels, autant de la part des autres prisonniers que du personnel de la prison. En raison de leur ambiguïté de genre, elles sont régulièrement les cibles privilégiées d’agressions sexuelles de la part des autres détenus, sachant que bien souvent, les gardiens autorisent de tels comportements, y participent et les encouragent. Il arrive même que des gardiens récompensent ou payent des détenus en leur donnant « libre accès » à une prisonnière trans initialement placée à l’isolement pour sa « sécurité ».

On refuse aux prisonnières trans l’accès à des vêtements (soutien-gorges, …) ou à des objets (rasoirs, …) qui leur permettraient de prendre soin d’elles et de s’habiller en adéquation avec leur identité de genre.

Les prisonnières trans se voient aussi souvent refuser l’accès à certaines ressources pourtant disponibles pour la population générale de la prison, tels que les traitements contre l’abus de drogue ou d’alcool, les formations professionnelles, ou encore les activités de loisirs. Pour justifier de telles restrictions, c’est souvent la « sécurité de la détenue » qui est invoquée. Cependant, il est rare que les détenues aient accès à des ressources comparables dans un environnement sécurisé, et quand c’est le cas, elles sont rarement, voire jamais, d’une qualité équivalente.

Afin « d’assurer leur sécurité », les prisonnières et prisonniers transgenres sont souvent séparés du reste de la population carcérale. Malheureusement, de telles mesures ont principalement pour effet d’augmenter l’isolement social de l’individu et de réduire encore d’avantage ses chances d’accéder aux services, aux activités, à certains privilèges (comme l’accès à un téléphone), ou à la moindre petite interaction sociale.

Les prisonniers et prisonnières transgenres n’ont généralement pas accès à un traitement médical adapté. Ils sont souvent privés de leur traitement de substitution hormonale (même s’ils en suivaient un avant leur incarcération). Quand les traitements hormonaux sont poursuivis, le personnel médical manque généralement de compétences pour ajuster les dosages ou pour prévenir d’éventuelles interactions négatives avec d’autres substances. Les détenus trans sont aussi parfois victimes d’examens médicaux inappropriés et dégradants de leurs organes génitaux, dans le seul but de satisfaire la curiosité du personnel médical.

Les prisonniers et prisonnières transgenres ont peu de moyens pour se protéger de ces différentes sortes de maltraitances. Au sein d’un environnement tel que la prison, déjà tristement célèbre pour son aspect rude et brutal, leur statut de minorité sexuelle et leur ambiguïté de genre les met dans une position particulièrement vulnérable.

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