LIBERTÉ POUR KARA WILD !

LIBERTÉ POUR KARA WILD !

Hop. Une lectrice m’a envoyé une VF des textes que l’on peut trouver ici : https://freekarawild.org/

Merci à elle pour ce travail.❤


severy

Liberté pour Kara Wild !

Kara Wild est une artiste, une camarade et une force de la nature résistante, étant actuellement détenue en France pour sa participation supposée à une manifestation contre des réformes draconiennes concernant le travail [« Loi Travail »] et la répression policière. Elle est une femme trans et est actuellement détenue dans une prison pour hommes et n’a pas accès à des hormones. Elle est également une citoyenne des états-unis et sa libération sous caution à été refusée parce que les autorités françaises pensent qu’elle pourrait tenter une évasion lors de celle-ci.

Le 18 mai, des milliers de personnes ont convergé à Paris pour défier le maintien de violence policière et s’opposer à une nouvelle réforme néo-libérale du code du travail. Pendant l’une de ces manifestations une voiture de police à été attaquée et incendiée. Kara à été brutalement arrêtée par rapport à cet incident plus d’une semaine plus tard, le 26 mai, lors d’un autre événement près de la Place de la Nation. En dépit d’un manque de preuves évident, elle à été accusée d’avoir brisé le pare-brise d’une voiture de police quelques instants avant que celle-ci soit incendiée. Les accusations dont elle fait l’objet sont « tentative d’homicide volontaire sur une personne dépositaire de l’autorité publique, destruction de bien, violence de groupe et participation à un groupe armé et masqué. »

Kara fait partie des 6 personnes étant actuellement accusées par rapport à cet incident. Pour faire empirer les choses, le premier ministre français, Manuel Valls promet d’appliquer une « sanction implacable », de manière à en faire un exemple et à démobiliser les manifestations.

En dépit des attaques de l’état, les mouvements globaux contre le capitalisme, la suprématie blanche, le patriarcat hétéro-sexiste et l’austérité deviennent plus forts chaque jour, de Paris à Oaxaca. Comme les flammes de la résistance se multiplient cet été, ne laissez pas vos amiEs derrière ! S’il vous plaît, aidez-nous à soutenir Kara Wild en lui écrivant, en faisant des dons pour son fond de défense, et faîtes passer le mot concernant son affaire.

Liberté pour touTEs les prisonnieEs politiques ! Liberté pour touTEs les femmes trans prisonnières ! Liberté pour touTEs les prisonnierEs

 Site de soutien à Kara Wild (duquel est issu ce texte) :

https://freekarawild.org/

Article de Révolution Permanente (site d’information du courant communiste révolutionnaire du NPA) :

http://www.

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Envoyer une lettre :

Être enferméE dans une cellule de prison jour et nuit est une horrible épreuve. La quantité de stress mental et physique qui est mit sur une personne est indescriptible. Pour Kara, qui est détenue à l’isolement dans un pays étranger, recevoir des lettres signifie beaucoup. Alors, s’il vous plaît, envoyez à Kara une lettre lui faisant savoir que vous pensez à elle, que nous nous battons pour elle dehors, et faites vous une nouvelles correspondante !

Souvenez-vous que toutes les lettres seront lues par le personnel de la prison, alors évitez de mettre quoi que ce soit dans vos lettres qui pourrait vous incriminer vous ou d’autres.

Vous pouvez lire ces guides pour plus d’informations

http://www.blackandpink.org/ (anglophone)

Guide à l’usage des proches de personnes incarcérées, (francophone)

Il est possible d’écrire à Kara ici :

Association Acceptess T
39 bis boulevard Barbès
75018 Paris
France

ou via e-mail (qui sera imprimé et lui sera transféré par son groupe de soutien à Paris) ici :

com.prison.acceptess-t@

Pour les e-mail, mettez dans l’objet « POUR/TO KARA ». Pour les lettres, veuillez inclure un bout de papier (ça peut être juste un post-it), notant que votre lettre est pour Kara.

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Envoyer des livres :

Kara peut recevoir des livres qui lui sont envoyés via son groupe de soutien à Paris, Acceptess-T :

Association Acceptess T
39 bis boulevard Barbès
75018 Paris
France

Soyez sûrEs de noter clairement sur le colis ou sur une note dans le colis, que ce colis est destiné à Kara, car Acceptess-T soutient de nombreuSEs prisonnierEs.

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Donner :

Combattre l’état français pour libérer votre amie de fausses accusations est malheureusement coûteux. Les frais de justice approchent déjà près de 6 000 $ [environ 5 430 euros], et cela n’est que pour la faire libérer sous caution !
Les frais de justice pour l’affaire de Kara seront bien plus élevés. Kara à besoin de notre soutien continu. Elle est détenue à l’isolement dans la plus grande prison d’Europe, se voit refuser son traitement hormonal, et ne peut avoir de contact avec ses amiEs et sa famille. De manière à libérer Kara, nous avons besoin d’aide de la communauté, en partie par des dons au fond de défense de Kara.

Les dons au fond de défense de Kara couvriront les frais de justice, le transport de sa famille en France, les documents pour faire passer le mot(flyers, affiches, …), la cantine pour Kara et les coûts du site web.


 

Et encore et toujours : suivez & soutenez Acceptess-T pour son action de soutien auprès de nombreuses personnes trans incarcérées !!!

Publié dans Billets

[Guest Post] « Loi 20 au Québec : vers quelle justice reproductive pour les personnes trans? » ; interview de Caroline Trottier-Gascon

Bonjour Caroline, tu es une historienne et activiste pour les droits des personnes trans et intersexes au Québec. Tu fais notamment partie du groupe d’action trans* de Montréal. Ces dernières années, c’est surtout de la loi 35 dont les médias se sont fait l’écho, car elle est destinée à faciliter les démarches de changement d’état-civil pour les personnes trans en ne rendant plus obligatoires certaines opérations chirurgicales. Le tableau qui peut être fait en 2016 de la situation administrative des personnes trans au Québec a-t-il beaucoup évolué?

Oui! La provision la plus importante de la loi est entrée en application en octobre dernier — ce qui est quand même près de deux ans après l’adoption de la loi. On a dû se battre à chaque pas, mais on a réussi à mettre fin à l’obligation de chirurgies. Par contre, il reste encore du chemin à faire. La procédure de changement de mention de sexe est seulement accessible pour les personnes majeures qui ont la citoyenneté. Donc pour les enfants trans, il n’y a pas vraiment de solution. Pour les personnes trans migrantes, c’est aussi très compliqué, selon leur statut : je sais que pour les personnes résident.e.s permanent.e.s, le changement de mention de sexe est possible sur la carte de résident.e.s permant.e.s, mais seulement après les chirurgies génitales, et ne donne pas droit à un changement de prénom. Parmi les autres enjeux, il n’y a pas vraiment d’option satisfaisante pour les personnes non binaires, et les parents trans ne peuvent pas changer leur désignation (en tant que père ou mère) sur le certificat de naissance de leur enfant. Au moins pour les enfants trans, on s’attend à ce que le gouvernement agisse, comme ça nous avait été promis l’an dernier en commission parlementaire, mais ça risque de ne pas arriver bientôt : la ministre ne veut pas s’engager à le faire avant l’été. Dans le pire des cas, un organisme, le Centre de lutte contre l’oppression des genres, poursuit actuellement le gouvernement à propos de nos revendications. Donc il y a ça. Ce sera long, mais on se bat.

 

Tu parles d’une frilosité du gouvernement à aborder la question des droits des enfants trans. Mais est-ce que le retrait de l’obligation des opérations joue en la faveur des enfants intersexes et de l’arrêt des mutilations génitales dont iels sont trop souvent victimes et contre lesquelles les associations intersexes se mobilisent?

Je ne pense pas. Pas avec le gouvernement qu’on a en place : le premier ministre ET le ministre de la santé sont des médecins. À ma connaissances, les activistes intersexes au Québec ne s’intéressent pas particulièrement aux questions d’identité légale, sauf dans la mesure où certains sont trans. En tout cas ce n’est pas prioritaire. Cela dit, la poursuite du Centre vise aussi l’obligation d’assigner une mention de sexe à la naissance. On espère que ça aidera à retirer une pression à l’assignation chirurgicale et que ça donnera plus d’espace au choix de l’enfant.

Je sais qu’en France, les activismes intersexe et trans sont très proches. Au Québec, l’activisme intersexe se bâtit sur très peu de gens et de ressources, donc c’est difficile, et l’alliance avec les personnes trans est plus quelque chose qu’on essaie de construire que quelque chose d’établi et de stable.

 

L’une des plus grandes réformes récentes de santé au Québec est la loi 20, qui vise notamment une modification de l’accès à la procréation médicalement assistée. On connaît les difficultés de la reconnaissance du droit à la procréation en France dans la mesure où les personnes trans doivent subir une stérilisation pour obtenir un changement d’état-civil et n’ont pas accès à des méthodes de procréation médicales. Qu’en est-il au Québec? Faut-il voir la loi 20 comme inscrite dans la même ligne que celle de la loi 35, celle d’une avancée à petit pas des droits des personnes trans?

Le contraire. En 2010, le gouvernement avait assuré la gratuité de tous les services de PMA. Quand le gouvernement actuel est entré en poste, il a décidé de cacher l’abolition du programme à l’intérieur d’une réforme massive de la médecine familiale. Donc même s’il aurait dû y avoir un débat spécifiquement sur la PMA, tout le monde parlait de médecine familiale (non sans raison, la réforme était massive et controversée).

La fin du programme universel et gratuit est évidemment un obstacle pour l’accès des personnes trans à la procréation. Par contre, exactement pendant le débat sur la loi 20, les communautés trans étaient engagées dans la lutte sur les critères de changement de mention de sexe, alors on a surtout mis nos ressources là-dedans. Aussi, le gouvernement semble ne pas tenir compte des personnes trans sauf lorsque l’enjeu ne touche que nous. Même le rapport Salois sur la PMA, un document de plusieurs centaines de pages, ne disait rien sur les personnes trans.

 

Quelles conséquences concrètes pour les personnnes trans cette limitations des services de PMA pourraient entraîner? En seront-elles systématiquement privées?

D’une part, les personnes trans sont touchées de la même manière que tous les couples qui ne peuvent pas avoir d’enfant : la fécondation in vitro sera seulement partiellement remboursée par un crédit d’impôt proportionnel au revenu et seulement pour le premier enfant, par exemple. Étant donné qu’énormément de personnes trans sont infertiles ou sont dans des couples qui ne peuvent pas avoir d’enfant sans aide médicale, ces limites toucheront beaucoup plus les personnes cis que les personnes trans. D’autre part, l’une des conséquences (et ce n’est pas clair que c’était volontaire) qui touche directement les personnes trans, c’est la fin de la couverture des mesures de préservation de la fertilité. Avant, les personnes trans pouvaient faire préserver leur sperme ou leurs ovules gratuitement; mais maintenant, le service est limité aux gens qui sont atteints du cancer. Mona Greenbaum (Coalition des familles LGBT) et moi avions parlé de ça dans nos mémoires à la Commission pendant l’étude de la loi, et elle avait obtenu la promesse du ministre que les personnes trans resteraient couvertes, parce qu’il y a une « raison médicale » (Mona avait formulé le besoin de façon très médicale, après tout c’était devant des médecins).

. Cela dit, le texte des règlements à ce sujet n’a pas été modifié explicitement, et en pratique, les cliniques ont arrêté d’offrir ce service gratuitement pour les personnes trans qui s’apprêtent à commencer les hormones. On est en train d’essayer de clarifier la situation, mais en attendant, je connais des gens qui ont perdu leur fertilité.

 

Tu mentionnes le travail de la Coalition des familles LGBT dans la défense du droit à procréer chez les personnes trans. La maîtrise de la procréation est un enjeu qui fait écho à beaucoup de mouvements politiques, qu’ils soient féministes ou LGBTQI+, avez-vous pu bénéficier d’autres soutiens dans la discussion du projet de loi 20?

Vraiment pas. Vraiment pas. À part la Coalition des familles LGBT, qui participe au Comité trans du Conseil québécois LGBT, on était vraiment seuls. Même quand il a été constaté que l’une des conséquences potentielles de la loi serait de réduire l’accès à l’avortement en établissement des quotas d’avortement pour chaque médecin, et que la loi 20 est devenu aussi un enjeu de justice reproductive pour les femmes cis, pour le mouvement féministe, et pour le mouvement étudiant qui était en grève au printemps dernier, le fait que les personnes trans étaient encore plus attaquées dans leurs droits reproductifs à cause de mesures d’austérité n’a marqué personne.

Et les médias, jusqu’à présent, n’ont rien dit sur le fait que ce service est coupé.

 

C’est un isolement politique qui se fait d’autant plus sentir que les terrains de militance politique sont communs en effet! Comment expliquer cet oubli des médias et de la plupart des groupes militants des enjeux pour les personnes trans de la loi 20?

La première raison de cet oubli est probablement liée à nous. Au moment où la loi 20 a été déposée, en novembre 2014, nous étions en train de pousser le Ministère de la Justice pour qu’il présente un projet de règlement pour la loi 35. Après, à partir de décembre, nous avons dû nous battre contre ce règlement, parce qu’il imposait une expérience de vie réelle de deux ans et un gatekeeping médical pour un changement purement bureaucratique. Puis il y a eu la commission, en avril et en mai, où nous avons obtenu à peu près tout ce que nous voulions. Encore là, jusqu’en septembre, on a dû garder l’attention sur le fait que le gouvernement traînait des pieds pour mettre en application les nouvelles procédures. Tout ça, c’était pendant l’étude du projet de loi 20, donc les communautés trans n’ont pas pu se mobiliser autant. Donc il y a ça, juste de la malchance et du manque de ressources de notre côté. Les communautés trans n’étaient pas particulièrement mobilisées elles-mêmes sur l’enjeu. Par contre, ce n’est pas suffisant, je crois, pour expliquer tout. Fondamentalement, tant dans les milieux féministes que dans les milieux queer, les gens ont tendances à voir les enjeux trans d’une manière très limitée. Très peu d’activistes intègrent du contenu trans au cœur de leur combat, féministe ou autre, comme quelque chose qui fait partie de leur cause ou qui est lié à d’autres enjeux. Nous sommes toujours vus comme une case à part, une boîte « enjeux trans », et jamais intégrés à d’autres combats. Pour ce qui est du mouvement féministe spécifiquement, l’idée selon laquelle les femmes trans sont des femmes est encore quelque chose de controversé. Donc je ne suis pas nécessairement surprise quand on nous oublie dans les espaces visibles du féminisme officiel — déçue, mais pas surprise. Pour le mouvement LGBT/queer, il y a ce mythe comme quoi les droits des personnes trans sont un objectif trop compliqué, que c’est une lutte à mener après que les personnes homosexuelles aient leurs droits à eux. C’est très présent je trouve, mais complètement fallacieux. C’est une façon pour le mouvement LGBT d’exclure, en pratique, les enjeux trans, tout en se donnant l’apparence de. Cela dit, notre seule aide ici venait des communautés LGBT, sous la forme de la Coalition des familles LGBT. Par contre, ailleurs, personne n’était au courant des conséquences sur les personnes trans — parce que personne ne voulait vraiment savoir, en fait. Aussi, surtout dans les milieux radicaux en ligne (qui sont plus ouverts aux personnes trans), on se préoccupe souvent plus de comment on parle des choses que de ce dont on parle, que des enjeux. Je vois toujours plein de gens qui dénoncent la transphobie à gauche et à droite à chaque fois que quelqu’un associe être un homme et avoir un pénis ou fait quelque chose de similairement insignifiant, mais voir que l’intégration réelle des personnes trans implique des transformations majeures de nos façons d’aborder d’autres enjeux? Ça non. Des fois une perspective trans renforce l’orthodoxie féministe, des fois elle la défie, mais on ne fait jamais l’effort au-delà de dire « le genre c’est plus compliqué que homme & femme ».

 

Dans ce contexte de recul des droits à la procréation des personnes trans, comment envisager la création d’un rapport de pouvoir politique en la faveur des personnes trans? Comment lutter de manière efficace pour faire évoluer/modifier cette limitation de l’accès à la procréation? Faut-il envisager des alliances avec les féministes cis, avec des LGB cis? ou bien pas nécessaire? Les féministes cis ont-elles un intérêt à s’allier avec les personnes trans (au-delà de jouer au jeu du « c’est transphobe » que tu décris, et qui est assez symptomatique)?

Je suis toujours d’avis que les alliances sont importantes. Le mouvement trans est déjà une alliance. Donc oui, je pense que c’est pertinent de continuer de bâtir ces alliances. Cela dit, la principale barrière à une alliance transféministe est le fort courant transphobe qui existe dans le mouvement féministe et qui est traité comme quelque chose de légitime, comme une position acceptable dans un débat qu’on traite comme théorique. Quant à l’alliance LGBT, les personnes cis ont tendance à la dominer. Mais quand on réussit à passer au-delà de ça, on fait de belles choses. Le Centre de lutte contre l’oppression des genres et l’action de la Coalition des familles LGBT en sont des preuves vivantes. Je pense que le féminisme cis a beaucoup à gagner, à commencer par une compréhension plus complète du genre, du sexisme, et de la misogynie. Étonnamment, les féministes cis sont parfois très misogynes. Je pense qu’étant donné la manière dont elles vivent la misogynie (c’est-à-dire, dans ma pensée, la dévalorisation de la féminité et la survalorisation de la masculinité) et la normativité de genre (c’est-à-dire la pression à respecter le rôle qui nous est assigné à l’intérieur du système), les féministes cis ont beaucoup tendance à voir les attributs de la féminité comme nécessairement négatifs, et la féminité comme un carcan. Après tout, pour elles, les comportements classés féminins sont quelque chose d’imposé, d’obligatoire. Donc généralement, quand elles luttent contre les « stéréotypes de genre », ce que ça signifie, c’est lutter contre la féminité. Tout ça positionne le masculin comme naturel, comme supérieur au féminin. Bref, paradoxalement le masculin devient l’objectif du féminisme. En tant que femme trans, je ne peux pas voir les choses comme ça. Moi, on m’a imposé le masculin. Et je veux un féminisme qui défend la féminité comme quelque chose de légitime et d’acceptable en plus de défendre mon droit de faire ce que je veux en tant que femme.


Pour plus d’infos sur la loi 20 :

Le blog de l’interviewée : https://lucreziacontarini.com/2015/02/07/projet-de-loi-20-et-procreation-medicalement-assistee-pour-les-personnes-trans/

Tout sauf la partie trans : http://journalmetro.com/opinions/prochaine-station/678360/la-loi-20-si-elle-etait-appliquee/

Journal des débats (avec Mona Greenbaum, je recommande ctrl+f transgenre) : http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/commissions/csss-41-1/journal-debats/CSSS-150318.html

 

Publié dans Interviews

Aux USA, une détenue trans gagne une procédure historique contre les matons qui l’ont agressée

UNE DÉTENUE TRANSGENRE GAGNE UNE PROCÉDURE HISTORIQUE CONTRE LES GARDIENS DE PRISON QUI L’ONT AGRESSÉE.

par Gabby Bess

Grâce à l’Acte pour l’Élimination du Viol en Prison, la détenue transgenre Sandy Brown a gagné sa procédure contre les matons qui l’avaient placée à l’isolement et l’avaient incitée à se suicider.

Sandy Brown dit qu’elle a été placée à l’isolement administratif suite à une visite médicale de routine au cours de laquelle sa santé mentale a été évaluée juste parce qu’elle était transgenre. Isolée 24h/24 pendant 66 jours, elle raconte qu’à au moins une occasion des gardes ont décroché un rideau pour la regarder se doucher, et qu’ils l’ont encouragée à se suicider, selon le compte-rendu de l’audience. Brown purgeait une peine de 5 ans pour agression à la prison de Patuxent à Jessup, dans le Maryland un établissement qui accueille à la fois des femmes et des hommesquand elle a été placée à l’isolement en 2014.

Jeudi, la justice a enfin rendu une décision en faveur de Brown, et les gardes ont été inculpés pour « mauvais traitements aggravés », selon Reuters. Une juge du Maryland a tranché en sa faveur, soutenant la plainte de Brown qui disait que les gardes l’avaient soumise à des abus sexuels et n’avaient pas suivi les recommandations censées lui permettre d’être hébergée convenablement. Reuters rapporte que la juge de droit administratif Denise Shaffer a considéré que les agents de l’Institution du Maryland ont violé les droits de Brown selon les critères de l’Acte pour l’Élimination du Viol en Prison, qui a été voté en 2003 pour prévenir les agressions sexuelles en prison, et qu’ils l’ont persécutée à plusieurs reprises.

Des e-mails internes (cités dans la décision de justice) montrent que quand les agents ont su que Brown allait arriver à Patuxent, ils ont pris la décision de la placer en isolement administratif uniquement « parce que c’était une détenue transgenre, et qu’elle représentait une menace potentielle pour la sécurité de l’institution ».

« Ils ne m’ont pas considérée comme l’être humain que je suis », a déclaré Brown dans un communiqué transmis plus tôt dans la journée. « Ils m’ont traitée comme une bête de foire. Ils me dévisageaient, me montraient du doigt, se moquaient de moi et ont essayé de me briser mentalement. »

Shaffer exige que la prison mette en place une nouvelle politique pour les fouilles et l’hébergement des détenu-es transgenres, ainsi que des directives de comportement pour les gardes. La prison a aussi été condamnée à payer 5000$ à Brown en compensation pour lui avoir refusé l’accès à des activités de loisirs. En principe, quand un-e détenu-e est à l’isolement, on lui autorise une heure d’activité récréative par jour. Au cours des deux mois où Brown a été placée à l’isolement, elle a seulement eu droit à une heure de loisirs, en tout. Après avoir eu le courage de remplir un dossier de plainte, Brown a été transférée dans un autre établissement en avril 2014.

Dans une publication juridique intitulée Breaking Out of the Prison Hierarchy : Transgender Prisoners, Rape, and the Eighth Amendment, Christine Peek argumente contre l’idée selon laquelle l’isolement serait une « solution » pour l’accueil des détenu-es trans. Elle écrit : « Placé-es à l’isolement pour des raisons non-punitives, les détenu-es transgenres sont privé-es des droits garantis à la population générale ». Elle continue : « De plus, s’il est vrai que l’isolement évite les agressions de la part des autres prisonnier-es, ça n’a aucun effet préventif contre les agressions et le harcèlement de la part des gardes. Or, c’est là une source non-négligeable de la violence perpétrée à l’encontre des détenu-es transgenres. » Et c’est exactement ce qui est arrivé à Brown.

Suite à la décision de Shaffer, la plainte déposée par Brown est devenue la première affaire de ce type à se solder par la condamnation d’un établissement correctionnel étasunien. Cette décision historique représente donc un symbole pour la lutte pour les droits des personnes trans incarcérées. Rebecca Earlbeck, une des avocates sur l’affaire de Brown, déclare : « Nous espérons que le plaidoyer que nous avons utilisé pour gagner cette affaire servira de modèle à d’autres États et leur permettra de s’assurer que l’ambition de l’Acte pour l’Élimination du Viol en Prison soit belle et bien réalisée. ». Earlbeck travaille avec le FreeState Legal Project, une organisation juridique de défense des droits des personnes LGBT qui œuvre pour améliorer les vies des personnes LGBT désargentées qui ont besoin d’aide et de services juridiques.

Avant que soit rendue cette décision, les documents présentés à l’audience par des témoins de l’affaire prouvaient que « Patuxent n’avait mis en place aucune recommandation exigeant une politique de tolérance zéro contre les abus sexuels et le harcèlement des détenu-es transgenres ». Les témoignages affirmaient aussi que « les employé-es n’avaient reçu aucune formation relative à l’Acte pour l’Élimination du Viol en Prison et à ses conséquences pour les détenu-es transgenres ».

Earlbeck continue : « Au delà de ce que cela signifie pour les droits des personnes transgenres dans le Maryland, cette décision implique que les personnes transgenres bénéficient maintenant d’une réelle protection dont elles avaient terriblement besoin en prison. Cette décision oblige le système correctionnel de tout l’État à adopter des directives claires quant au traitement des détenu-es transgenres, et à former les agents pénitentiaires afin qu’ils les respectent. »

En rappelant que les gardes faisaient référence à Brown en utilisant le mot « ça » et qu’ils ont violé son intimité, Earlbeck affirme que « tout ça va plus loin que de simples directives et formations, mais cette décision reste assurément une étape importante. »

Article initialement publié ici, en septembre 2015. Traduit de l’anglais (USA) par Noomi B. Grüsig, en janvier 2016.


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Le cercle infernal de la transphobie et de l’incarcération

Je me risque à un bref article retraçant superficiellement l’histoire de X, une femme trans qui a été incarcérée en france en 2015. Je n’ai malheureusement que très peu d’informations sur cette affaire, et je ne suis pas en contact avec la famille de la victime. Par ailleurs, l’administration pénitentiaire ne semble laisser filtrer aucune information sur l’incarcération de cette personne, ni sur la fin tragique qu’elle a connu. Les quelques maigres infos que j’ai réussi à glaner sont parues dans la presse régionale, et ont été obtenues via réseaux militants. Je me contenterais donc de faits simples et brefs pour relater l’histoire anonymisée d’une femme trans incarcérée en france en 2015.

TW : Prison / Transphobie / Suicide

FIN AOÛT 2015
X est dénoncée pour « comportement suspect » sur la voie publique. La police arrive et la conduit à l’hôpital pour ensuite la mettre en dégrisement. Au cours de son interpellation, elle est victime de transphobie de la part des policiers et du personnel hospitalier. Elle ne se laisse pas faire. Elle est inculpée de « violences, outrage et rébellion ». X demande un délai pour préparer sa défense, afin d’éviter la comparution immédiate. En raison de sa transidentité, l’administration ne semble pas savoir dans quel établissement la placer en détention provisoire. Elle est donc placée en contrôle judiciaire dans l’attente de son procès.

DÉBUT SEPTEMBRE 2015
À son procès, X est condamnée à 1 an de prison ferme, sans mandat de dépôt. La juge semble décidée à « vouloir la faire réfléchir au fond d’une cellule » car elle s’en serait prise « aux icônes de la république ». Son avocat met en garde la juge en lui rappelant que « la prison est l’équivalent de la peine de mort. C’est une peine inapplicable pour elle qui, physiquement et dans sa tête, est une femme et qui, pour l’état civil, est un homme ». X rappelle les faits et explique qu’elle a été confrontée à des personnes transphobes plus tôt dans la soirée, avant de se retrouver seule dans la rue, là où elle a été interpellée.

AUTOMNE 2015
X est incarcérée dans une prison pour hommes.

DÉBUT DÉCEMBRE 2015
X se suicide en prison. L’Administration Pénitentiaire ne semble laisser filtrer aucune information sur son décès.

Pensées pour sa famille et ses proches. Désolée.

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La violence contre les femmes (trans)

LA VIOLENCE CONTRE LES FEMMES (TRANS)

par Cece McDonald

J’avais écrit un petit essai sur la violence de rue à l’encontre des femmes et des femmes (trans) qui était au départ prévu pour un projet avec l’Université du Minnesota, mais à cause du drame qui m’est arrivé, je n’ai jamais eu l’occasion de le finir… jusqu’à maintenant. J’espère que ça vous plaira. Je vous aime ! TTYL !

Un problème majeur dans le monde entier est la violence à l’encontre de toutes les femmes, ce qui inclut aussi les femmes trans. À travers les âges, les femmes ont été confrontées à l’ego des représentants du genre masculin qui leur faisaient subir sans relâche leur cruelle « main de fer ». La violence qui a été entretenue durant des siècles nous a toutes affectées, que ce soit à travers l’autorité sévère imposée à une nation par un dirigeant tyrannique ou à travers le carcan familial au sein du foyer. Une immense proportion de femmes sont confrontées à la violence sous toutes ses formes : physique, verbale et/ou sexuelle. Très souvent, nous sommes victimes de meurtres, et quand nous nous défendons, nous sommes mises en prison pendant des années, voire toute notre vie. Comment est-il possible d’entendre que les violences contre les femmes sont détestées et combattues dans notre société, alors que quand on y est confrontées on ne reçoit que très peu d’aide, voire pas du tout, et que l’aide qu’on s’apporte à soi-même est réprimée ?

La vie des femmes trans est indissociable de la violence de rue, et je suis sûre que si on lui pose la question, n’importe quelle femme trans serait d’accord pour dire que la plupart des agressions qu’elle subie se produisent en dehors de sa maison. Pour ma part, tous les incidents qui me sont arrivés se sont produits en dehors de chez moi. Comme la plupart des femmes trans, je suis confrontée à la violence plus souvent que n’importe quelle personne cissexuelle, et à un degré plus élevé. Ainsi, chaque jour est une lutte difficile, et les activités quotidiennes qu’une personne cissexuelle fait facilement représentent pour moi un risque permanent, même quelque chose d’aussi simple que de prendre les transports publics. La violence de rue m’a considérablement affectée, et je crois non, je saisque si je n’avais pas appris à m’affirmer je n’aurais jamais eu le courage de me défendre contre ceux qui n’ont ni respect ni reconnaissance pour les autres, et j’en serais déjà morte depuis longtemps.

En ce moment même, je suis dans une prison d’État pour hommes à cause de la mort de quelqu’un que j’ai accidentellement poignardé en me défendant. Tout a commencé aux alentours de minuit, le 4 juin 2011, quand un groupe de racistes bourré-es s’est mis à nous insulter moi et mes ami-es alors que nous étions sur le chemin de l’épicerie de nuit de notre quartier. Après avoir été traité-es de pédales, de nègres et de tout un tas d’autres insultes, le ton est monté et je me suis retrouvée au milieu de toute cette fureur. Une femme de l’autre groupe a décidé de me jeter son cocktail alcoolisé au visage, et histoire d’ajouter une blessure physique aux propos blessants, elle m’a fracassé son verre au visage. J’ai eu la joue lacérée assez profondément pour que ça me coupe une glande salivaire, ce qui m’a valu 12 points de suture et de nombreuses complications ensuite. Quand la police est arrivée, il ne leur a pas fallu longtemps pour présumer qui étaient les agresseurs : à coup sûr, pour eux, c’était forcément le groupe de jeunes Noir-es qui était à l’origine de tout ce drame. En tout cas, c’était au moins l’impression que j’ai eu quand j’ai vu comment ils nous traitaient mes ami-es et moi. Et plutôt que de m’emmener directement dans une ambulance, ils m’ont faite asseoir à l’arrière de leur voiture, menottée, alors que je saignait gravement et que j’avais atrocement mal.

Quand j’ai enfin été transportée jusqu’à l’ambulance, j’ai tout de suite été bombardée de questions, avant même d’avoir pu bénéficier de l’aide médicale dont j’avais besoin. Et quand je suis arrivée à l’hôpital, ça ne s’est pas mieux passé. On m’a dit d’enlever mes vêtements, après quoi j’ai été attachée à un lit d’hôpital. Puis on a vite fait examiné la grosse entaille que j’avais à la joue gauche suite à la coupure de ma glande salivaire. Après quoi je suis restée dans une salle d’interrogatoire pendant plus de cinq heures. Ensuite, tout n’a fait qu’empirer. Je peux dire que je suis très chanceuse d’avoir eu des personnes exceptionnelles, aimantes et attentionnées parmi les ami-es, la famille et les soutiens qui m’ont apporté leur aide à travers cette injustice.

Mais ça montre bien que rien n’est vraiment fait pour que les femmes se défendent elles-mêmes —pour que nous nous défendions nous-mêmes. Nous devons nous unir pour porter la voix de toutes celles qui ont été victimes de violence. Je veux faire honneur à toutes les organisations et à tous les projets qui travaillent juste dans ce sens. À toutes les personnes qui sont allées à l’événement organisé par 1 Billion Rising à Pittsburgh le jour de la Saint-Valentin1. JE VOUS AIME TOUTES ET TOUS ! Je veux aussi saluer toutes les victimes de violence qui ont été honorées lors de cet événement : Patreese Johnson, Charmaine Pfender, Marissa Alexander, et Tanika Dickson. JE VOUS AIME TOUTES ! Nous sommes toutes des victimes de violences, mais aussi des injustices et de l’oppression d’un système juridique défectueux et de l’industrie carcérale. Et en mémoire de nos sœurs qui sont tombées, ceci est pour vous ! Les flammes de notre résistance et de notre ténacité brillent dans les efforts d’une révolution pour les femmes. Nous n’abandonnerons pas. Nous tiendrons bon jusqu’à ce que se produisent les changements nécessaires dans le monde pour une meilleure protection et une vraie égalité. Et c’est à nous qu’il incombe de montrer que nous sommes soucieuses et concernées, et qu’aucun de nos combats ne se fera en vain.

Je ne répéterais jamais assez qu’il faut s’impliquer. IMPLIQUEZ-VOUS ! Des associations comme 1 Billion Rising2 ont besoin de notre aide. Vous pouvez aussi rejoindre des projets et associations locales. Je prie pour qu’aucune femme ne soit plus jamais confrontée à la violence, quelle qu’elle soit, et je suis sûre qu’on peut faire quelque chose pour que ça arrive.

Merci à toutes et à tous d’avoir pris le temps d’écouter (ou devrais-je dire de lire) mes considérations à propos de nous, les femmes du monde entier. JE VOUS AIME TOUTES ! S’il-vous plaît restez fortes, tenez bon, et battez-vous sans relâche !

xoxo

CeCe

Article initialement publié ici, en mai 2013. Traduit de l’anglais (USA) par Noomi B. Grüsig, en janvier 2016.


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